Chasse aux sorcières ? Chasse aux chômeurs ? L’ONEM s’attaque à l’économie sociale

Photo : Vinciane Convens Photo : Vinciane Convens

Actualité du 06/09/2010.

Si ce n’est pas une nouvelle illustration de la chasse aux chômeurs tous azimuts, cela y ressemble furieusement. A moins que les Tontons flingueurs de l’Onem n’aient décidé de se choisir un nouveau gibier : les travailleurs qui s’associent pour créer et gérer leur propre société coopérative… Chasse aux chômeurs, chasse aux sorcières, ou… les deux ?

L’affaire, qui dure depuis des mois, dépasse de loin le cas particulier d’une entreprise. C’est tout le secteur de l’économie sociale qui frémit devant une nouvelle menace.

Explication. En 1981, pour sauver leur emploi, des travailleurs décident de créer une société coopérative ouvrière de production : la Socomef, à Verviers, spécialisée en construction métallique, en tôlerie et en soudage. Cette coopérative existe donc depuis près de 30 ans, grâce à la détermination et au savoir-faire des travailleurs-coopérateurs, qui se chargent collectivement de la gestion de leur société, en se partageant les tâches et les responsabilités. Ceci à titre totalement gratuit : les administrateurs de l’entreprise ne perçoivent ni rétribution ni dédommagement. Pas de jetons de présence, pas de dividendes, pas de plus-values.

Depuis le début de la crise en 2008, les travailleurs de la Socomef sont confrontés à une situation difficile et à un chômage économique important – et ce pour la première fois de son histoire : 4 semaines de chômage pour une semaine de travail obligatoire, pour l’ensemble du personnel (uniquement ouvrier).

C’est dans ce contexte délicat qu’intervient l’Onem, de façon pour le moins brutale : sous prétexte qu’ils sont à la fois travailleurs salariés et administrateurs de la coopérative, plusieurs travailleurs se voient privés de leur droit à l’assurance chômage, pour laquelle ils cotisent depuis de longues années. En outre, ils sont sommés de rembourser les allocations de chômage déjà perçues ! L’argument avancé par l’Onem ? S’ils sont administrateurs de la société, ces travailleurs sont forcément rémunérés et titulaires du statut d’indépendants, ce qui les prive du droit aux allocations de chômage.

Résultat : c’est la catastrophe pour les ouvriers concernés, qui se retrouvent sans revenu et contraints de démissionner de leur poste d’administrateur. Catastrophe aussi pour l’entreprise, aucun travailleur ne voulant prendre le risque de les remplacer et d’encourir les mêmes sanctions. La Socomef se retrouve donc sans administrateurs, décapitée, et subit un grave préjudice, pour ses travailleurs mais aussi pour ses clients, ses fournisseurs, etc.

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«Osez entreprendre», qu’ils disaient !

Au-delà du cas précis de cette entreprise, c’est la spécificité de l’économie sociale (pourtant reconnue par un décret de la Région wallonne) que l’Onem attaque ainsi frontalement, instituant une discrimination flagrante – d’ordre philosophique, idéologique, qui plus est – entre les travailleurs de l’économie sociale et les travailleurs de l’économie capitaliste «classique». Un (très) mauvais procès, susceptible de mettre l’existence des sociétés coopératives ouvrières de production en péril.

Les travailleurs, soutenus par leur organisation syndicale, n’entendent pas se soumettre à cette logique et à ces sanctions vexatoires et discriminatoires. Ils ont bien entendu décidé de contester les injonctions de l’Onem et de se battre pour préserver leur droit à s’associer, leur droit à l’autogestion, leur droit au travail.

Pour la MWB-FGTB, la remise en cause subite et brutale de ces droits est inacceptable. Elle saura s’y opposer, et exiger la modification de règlementations iniques. S’il le faut, elle saura rendre publique, largement, cette injustice. Et faire reculer les Tontons flingueurs.