La MWB a analysé la note du formateur (4.7.11)

Actualité du 08/07/2011.

Négociations relatives à la formation d’un gouvernement fédéral

Présentée comme une note devant servir de base pour la formation d’un gouvernement fédéral, la proposition déposée par le Président du Parti Socialiste se pose comme un véritable recul social et une atteinte grave aux intérêts des travailleurs et allocataires sociaux. 

Bien que la NV-A se soit entre-temps prononcée contre cette note, considérant la proposition ni assez flamande, ni suffisamment à droite, le mal est fait : pour l’opinion publique, les concessions faites par la « gauche » seraient désormais avalisées, représentant la base de la formation d’un gouvernement fédéral, avec ou sans le parti nationaliste flamand.

Que les choses soient claires : les positions reprises dans la note du formateur sont inacceptables et ne pourront en aucun servir de base pour la formation d’un quelconque gouvernement !


 La MWB-FGTB dénonce avec force ce qu’elle considère comme une véritable trahison du monde du travail,  conduisant à un appauvrissement complémentaire de la population la plus fragilisée, à une régression des conditions de travail de l’ensemble des travailleurs et à une mise à mal irréversible des Régions wallonne et bruxelloise.
Il nous apparaît essentiel à ce stade de mettre en lumière les enjeux en présence dans cette proposition, en attirant l’attention sur le danger des compromissions consenties par le Président du Parti Socialiste. Nous devons dénoncer ce qui se traduit comme un véritable programme de droite, en affirmant clairement que la proposition du formateur ne pourra jamais constituer les bases d’un gouvernement soutenu par les travailleurs.
« La proposition du formateur, qui sera probablement encore tirée vers le bas si de nouvelles négociations fédérales devaient être entamées, reprend tous les ingrédients d’un programme libéral : chasse aux chômeurs, allongement de la carrière, attaques vis-à-vis des pensions et des services publics, aides aux indépendants, cadeaux au patronat… avec même certains aspects sécuritaires »
Nous ne pouvons le tolérer ! Les travailleurs s’y opposent fermement !

Que contient la proposition du formateur ? Vers quoi nous mène-t-elle ?

  • Allocataires sociaux (Chômeurs, prépensionnés, pensionnés) : un recul historique et un nouvel appauvrissement !
    • Chômage : élément phare de la proposition du formateur, l’attaque frontale vis-à-vis des chômeurs. La droite en rêvait, le Président du PS l’a fait !
      La note propose en effet de réduire la seconde période de chômage indépendamment de la durée de la carrière (sauf carrière de + de 20 ans) et surtout d’introduire  un minima forfaitaire en 3ème période ; en clair, couper les vivres à ceux qui ne trouvent plus d’emplois ; elle propose également de renforcer les mécanismes de contrôle et de sanctions vis-à-vis des chômeurs,  en obligeant par exemple les travailleurs licenciés jusqu’à 58 ans à accepter tout emploi dit « convenable ».  Par emploi convenable, entendez un emploi jusqu’à 60km de son domicile, avec perte d’ancienneté et conditions de travail au rabais ! Les jeunes ne sont pas épargnés, mais nous y reviendrons un peu plus loin…
    • Prépensions : la note ne propose ni plus ni moins qu’un pacte anti-générations bis. Décourager à nouveau les prépensions en allongeant la condition d’âge et de carrière et en mettant à mal les périodes assimilées avant 60 ans. Gare à ceux qui auront été malades ou en chômage durant leur carrière…
    • Pensions : attaques majeures vis-à-vis des pensions dans le secteur public ; mais le secteur privé est également touché : la note propose en effet de relever l’âge de la retraite anticipée de 2 mois par an, soit 61 ans dans 6 ans, 62 ans dans 12 ans, etc. Le formateur prévoit également de sanctionner les périodes d’inactivité dans le calcul des pensions du secteur privé (gare à nouveau à ceux qui auront connu du chômage durant leur carrière)
      Autre mesure anti-solidaire et totalement incohérente avec l’objectif de se protéger de la spéculation : la généralisation du second pilier à bétonner par les partenaires sociaux ; pour rappel, le second pilier, c’est-à-dire les pensions capitalisées, ont été largement mises à mal par la crise ! Une incohérence totale et une défense scandaleuse du monde du capital !
    • Liaison des allocations sociales au bien-être : la note du formateur ne prévoit ni plus ni moins que la réduction des budgets à hauteur de 40% ! 5% de réduction de salaires pour les Ministres, 40% pour les allocataires sociaux !!! Tout est dit… 

 

  • Soins de santé : une norme dépecée pour mieux privatiser !
    En proposant de réduire la norme des soins de santé de 4,5% à 2%, le formateur crée les conditions pour une politique de santé à deux vitesses. En dépeçant de la sorte la sécurité sociale, le Président du PS la retire progressivement des mains des travailleurs, pour la rendre plus accessible aux compagnies privées. Avec des conséquences terribles pour ceux qui n’auront pas les moyens de se payer des assurances individuelles.
    Toujours au niveau de la sécurité sociale, la proposition confirme la volonté de la NV-A de communautariser les allocations familiales. Il favorise le chantage qui sera organisé pour flamandiser Bruxelles et faire disparaitre Bruxelles en tant que Région.

 

  • Les jeunes, laminés !
    Dans le chapitre relatif au chômage, les jeunes ne sont pas épargnés. Les allocations d’attente, destinées initialement à permettre aux jeunes issus de milieux défavorisés de mettre en peu d’argent de côté pour pouvoir assurer leur mobilité, afin justement de trouver un emploi ou pour pouvoir se loger, seront remises en cause. Il faudra traverser un parcours du combattant pour y accéder ; les jeunes issus de milieux défavorisés ou qui habitent dans des Régions où l’emploi manque cruellement vont déguster !
    En proposant également de supprimer la limite fiscale autorisant les pensionnés à exercer une activité, c’est-à-dire en incitant les pensionnés à continuer à travailler s’ils le souhaitent à temps plein, le formateur hypothèque également la mise à l’emploi des jeunes. Découragement des prépensions, allongement de la carrière, encouragement du retour à l’emploi de pensionnés, les jeunes sont sacrifiés !

 

  • Travailleurs préservés ?
    Le formateur veut opposer ceux qui travaillent à ceux qui ne travaillent pas en s’attaquant directement aux chômeurs et aux plus précarisés. L’intention est de faire croire aux travailleurs que le plan d’austérité concocté ne les concerne pas. Totalement faux !
    D’une part, l’index soi-disant préservé ne l’est nullement. En laissant passer le pacte Euro-plus négocié au niveau européen, les partis savent pertinemment que l’index sera attaqué dans les prochains mois. L’étude en cours au niveau de la BNB en est une autre preuve. Les travailleurs seront donc bel et bien sanctionnés si d’autres mesures ne sont pas proposées.
    Par ailleurs, en s’attaquant aux allocations de chômage et en renforçant les sanctions, le niveau global des salaires aura tendance à diminuer. La droite rencontre son objectif de renforcer la pression sur les salaires à travers les menaces contre ceux qui n’accepteraient pas de réduire leur salaires ou de travailler plus pour le même prix.
    Les travailleurs ont donc tout intérêt à se dresser contre ce plan d’austérité !

 

  • Wallonie-Bruxelles : sacrifiés au nom de la patrie ?
    A travers sa proposition de modification relative à la Loi Spéciale de Financement (LSF), le formateur enfonce un peu plus encore les travailleurs wallons et bruxellois. Les mécanismes de solidarité sont gelés, appauvrissant directement la Wallonie en termes de dotations (les tableaux repris dans la note du formateur sont clairs à ce sujet). Par ailleurs, les nouveaux mécanismes de responsabilisation/sanctions sont meurtriers pour la Wallonie et Bruxelles. Ces critères sont en effet basés sur les éléments suivants :
  • Taux d’emploi : avec les taux de chômage de la Wallonie et Bruxelles et les perspectives d’emplois nulles qui s’y dessinent, les sanctions seront sévères ; à noter pour Bruxelles la non prise en compte du phénomène des navetteurs (les emplois créés à Bruxelles ne le sont majoritairement pas pour les bruxellois)
  • Pensions publiques : en sachant que la région wallonne est la plus exposée et qu’elle sera donc inévitablement la plus sanctionnée
  • Quotas CO2 : avec à nouveau la sidérurgie wallonne en point de mire
  • Cerise sur le gâteau, responsabilisation également via des critères de santé ! Les anciens bassins miniers ou les régions avec des industries lourdes seront directement sanctionnés.

En renforçant les sanctions à l’égard des Régions à taux de chômage élevé, en confirmant une clé de répartition basée sur les revenus IPP plutôt que sur l’emploi, en ne donnant pas la possibilité aux Régions wallonne et bruxelloise de disposer de leviers suffisants pour créer de l’emploi (afin de rééquilibrer l’alimentation de la sécurité sociale et reprendre notre destin entre nos mains), la note du formateur condamne la Wallonie et Bruxelles et renforcera à termes les velléités séparatistes des nationalistes flamands.
N’oublions pas de préciser encore qu’en renforçant les sanctions pour ceux qui ne trouvent pas d’emplois (dans des régions où les emplois n’existent pas), ce seront les CPAS qui verront le nombre d’interventions exploser. A charge des communes. A charge des régions… accentuant encore les difficultés des régions wallonne et bruxelloise.
A noter également que la note du formateur ne parle pas des 4,5 milliards d’efforts qui seraient à charge des entités fédérées et qui conduiraient vraisemblablement les régions wallonne et bruxelloise à faire de nouvelles coupes sociales ou recourir à de nouveaux impôts régionaux.
La proposition du formateur enfonce la Wallonie et Bruxelles et ne nous donne aucune possibilité de recréer des dynamiques positives de création d’emploi au niveau des Régions. Inacceptable. Totalement irresponsable…

 

  • Services publics : s’attaquer à la redistribution des richesses
    Le premier pouvoir d’achat pour les travailleurs est de pouvoir bénéficier de services publics de qualité. Une façon solidaire et équitable de redistribuer les richesses créées par les travailleurs en les immunisant des marchés financiers. Réduire les budgets des services publics vise uniquement à permettre au capital de mettre le grappin sur les budgets rendus disponibles. La note du formateur rejoint la plupart des demandes de la droite libérale et s’acharne sur la fonction publique. Avec des incohérences totales, comme par exemple lorsque le formateur préconise de mieux lutter contre la fraude fiscale, en gelant les budgets pour la fonction publique et en rendant impossible le remplacement des fonctionnaires.

 

  • Concertation sociale biaisée et instrumentalisée
    En réduisant l’enveloppe de la liaison au bien-être de 40%, enveloppe qui doit pourtant être négociée entre partenaires sociaux, en imposant une généralisation du second pilier de pension capitalisé, au détriment des positions adoptées en Wallonie par la FGTB, en interdisant toute possibilité de répartition du temps de travail dans les Régions soumises à de forts taux de chômage, le formateur condamne la concertation sociale au niveau fédéral.
    Dans son souci de plaire aux nationalistes flamands, le formateur sacrifie les intérêts des travailleurs de Wallonie et Bruxelles, en réduisant à néant leur capacité de faire entendre leur voix au niveau fédéral.
    La proposition de regroupement des élections régionales, fédérales et européennes ne vise pas d’autre objectif : si le pays tourne encore aujourd’hui, c’est parce que les gouvernements régionaux ont continué à fonctionner malgré la paralysie du fédéral. Il convient de le rappeler au formateur.

 

  • Les grands gagnants : le patronat
    Les réactions des fédérations patronales et des libéraux sont sans équivoque sur le gain réalisé par la droite à travers la note du président du Parti Socialiste. Aucune obligation ni contrainte pour le patronat en termes de création d’emplois, avec en contre partie des cadeaux fiscaux et des réductions de cotisations sociales déjà acquis. On maintient les intérêts notionnels, quoiqu’on en dise. Et les indépendants recevraient des avantages similaires aux salariés sans pour autant être tenus de cotiser à la même hauteur.
    Bingo pour le patronat. Echec et mat pour les travailleurs !

 

  • Taxation du capital ?
    Alors que les mesures de dépeçage des plus fragiles d’entre nous sont claires comme de l’eau de roche, déjà presque formalisées à la virgule près, la proposition se base sur des principes flous et apparemment difficilement transposables pour faire contribuer le capital. Pas d’objectif chiffré pour faire payer les banques. Flou artistique pour la rente nucléaire.
    Ce sont les spéculateurs et les banques qui ont creusé le trou de 22 milliards€ à la base du plan d’austérité concocté par le formateur, avec l’aval de la droite. Aux banques et au capital à payer. Pas aux travailleurs et aux plus démunis de la société !
    La MWB-FGTB a des propositions claires et précises en la matière. Nous sommes à disposition pour les inscrire dans une nouvelle base de discussion pour la formation du gouvernement.

Dans sa proposition, le formateur ouvre donc le champ à une régression majeure des acquis du monde du travail. La droite ne pouvait rêver mieux.
En lieu et place de redonner des perspectives aux travailleurs et aux citoyens, le formateur les culpabilise, comme si la crise et le déficit étaient de leur faute. Comme si c’était à nous de payer.
Que ce soit sur le plan socio-économique, avec des mesures amenant à une nouvelle précarisation des travailleurs et des allocataires sociaux, à la mise en place des conditions de privatisation de la sécurité sociale, à un pas de plus dans la chasse aux chômeurs, à la destruction des services publics ; Que ce soit sur le plan institutionnel, avec l’accentuation des difficultés de la Wallonie et de Bruxelles pour plaire aux nationalistes flamands, sans leviers supplémentaires pour reprendre notre destin entre nos mains, la note du formateur fait exploser toutes les valeurs de solidarité et de justice sociale que nous défendons.
Lutter soi disant contre la spéculation tout en favorisant les pensions capitalisées du second pilier et en créant les conditions de privatisation de la sécurité sociale, opprimer les plus démunis en préservant les plus riches, ruiner l’instrument de redistribution de richesses que constituent les services publics, autant d’aberrations et d’attaques que nous ne pouvons tolérer.
Que les choses soient claires : nous refusons l’austérité ; les travailleurs ont déjà suffisamment payé. L’austérité doit être assumée par ceux qui l’ont amenée. La MWB a des propositions à cet égard.
La note du formateur crée les conditions d’une nouvelle récession. Nous voulons au contraire des plans de relance, des emplois pour les jeunes, des pensions décentes, des allocations dignes pour ceux qui sont exclus du système. Voilà le seul programme que nous sommes prêts à entendre, les seules mesures qui doivent constituer la base d’un gouvernement.
L’heure est à la sensibilisation. Sensibiliser partout autour de nous, dans les ateliers, dans les usines, sur les chantiers, dans nos familles et auprès de nos amis pour dénoncer ces éléments. Sensibiliser avant de réagir si nous le décidons ensemble. Pour ne pas nous réveiller à la fin de l’été avec une gueule de bois dont nous ne pourrons plus nous défaire.