Déconditionnement: une urgence!

Nico Cue Nico Cue

On ne se lassera jamais de dire et de démontrer que la crise financière ne résulte pas d'un accident de parcours, d'un hasard malheureux. Beaucoup des tenants de la philosophie libérale voudraient bien réduire l'explication à cela, pour empêcher que d'autres ne mettent en cause le système capitaliste lui-même.

Edito de Francis Wégimont, Nico Cué, 2/04/2009.

Et jusqu'ici, ils réussissent assez bien leur coup ! Pas de remise en cause fondamentale, pas d'explosion sociale, pas de mise au cachot de tous ceux qui ont abusé les centaines de millions d'épargnants de par le monde.

Il faut dire que les esprits ont été préparés de longue date à n'envisager d'autres issues que plus encore d'individualisme, plus encore de poids aux plus forts, et moins d'espace pour la solidarité et les fonctions collectives. Une véritable entreprise de pollution des cerveaux a été lancée depuis plus d'une génération pour façonner ceux-ci sur le même modèle culturel que la gestion économique : c'est cela la culture d'entreprise, le just in time, le management participatif...

Quoi d'étonnant dès lors que l'on tente de nous repasser les plats comme si de rien n'était ; quoi d'étonnant que l'on veuille nous mettre les mêmes suppositoires puisque les esprits ont été profondément manipulés.

Ainsi voit-on quelques illustres personnages, flamboyants avant la crise, empêtrés dans l'explication de la crise du libéralisme, pourtant redevenir les professeurs pour nous asséner leurs nouvelles recettes.

Ceux-là même qui ont été à base de l'ultralibéralisme redeviennent, après quelques semaines d'éloignement, ceux dont on vénère les avis et que l'on remet sur un piédestal : à ce titre, le réseau Reynders a intrigué avec une rare "efficacité" ! En effet, M. Praet, ancien chef de cabinet, précédemment économiste en chef chez Fortis, est recyclé comme Directeur à la Banque nationale et chargé de la politique  prudentielle des banques ! M. Servais, lui aussi ancien chef de cabinet, est devenu Président de la Commission bancaire. M. Philipsen, ancien chef de cabinet libéral, est chargé de la fraude ! Le ministre, naguère lui-même président d'une banque, est resté très proche des Lippens, Davignon, etc. et s'est enquis des avis de Colmant (ING) et d'Albert Frère, proche de M. Prot, PDG de PNB Paribas...

Ils ne manquent pas d'aplomb pour prétendre qu'ils ont sauvé les épargnants et le personnel, tout en pompant des milliards auprès de la collectivité et en conduisant le pays à l'austérité pour des années !

Des exemples de ce type sont légion ; l'intérêt ne serait pas mince d'en tirer un listing et d'imposer une véritable Commission parlementaire pour identifier les véritables escrocs.

Le démontage de ces mécanismes aurait en tout cas pour objectif majeur de mettre au grand jour les pratiques mais surtout la philosophie qui les a animées. On comprendra aussi mieux leur acharnement à discréditer toute intervention publique cherchant à démasquer leurs véritables desseins.

Aucune régulation ne pourra être efficace si elle ne consacre pas une place prépondérante à la puissance publique dans ces secteurs essentiels pour l'équilibre de notre société. Une alternative cohérente doit donc se construire autour d'outils - notamment financiers - à repositionner mais aussi sur une analyse profonde des mécanismes qui ont fait en sorte que bien trop de gens ont adhéré à la logique du profit... par cupidité ou par angélisme...

En tout cas, il y a bien des déconditionnements à mettre en chantier.

Nico Cué, Secrétaire général des Métallos Wallonie-Bruxelles

Francis Wégimont, Secrétaire général de l'IRW-CGSP