Après tout, on pourrait se réjouir. Comme le dit le Premier ministre, le gouvernement est enfin arrivé à faire cracher quelque chose à Electrabel. Et quelque 10.000 «recrutements» sont annoncés. C’est toujours bon à prendre, non ? Bof !
Edito de Nico Cué, 2/11/2009.
L’accord aux forceps sur la prolongation de trois réacteurs nucléaires en Belgique laisse dans la bouche un arrière-goût très amer. Toute cette affaire est un extraordinaire condensé du renoncement des pouvoirs publics à exercer leur rôle d’impulsion économique et de protection des intérêts des citoyens.
Ca sent la négociation à la petite semaine. Coincé par de sombres perspectives budgétaires liées, entre autres, au trou causé par le sauvetage des banques (un autre secteur économique abandonné par l’Etat au Marché), le gouvernement a pompé un peu d’argent là où il pouvait. En gros, c’est : « Messieurs d’Electrabel, donnez-nous une aumône pour nous tirer d’affaire. Et pour le reste, continuez comme avant ».
« Une aumône ». Le secteur va payer, pendant cinq ans, un gros maximum de 250 millions d’euros par an, les trois quarts pour le seul GDF-Suez. Mais avec les unités prolongées, le nucléaire rapportera au bas mot un milliard par an pendant 15 ans. En plus, 500 millions dus pour 2008-2009 ne seront peut-être jamais versés définitivement.
Les électriciens injecteront bien, dans l’économie des cinq prochaines années, 800 millions pour revamper leurs centrales et 500 autres millions pour les énergies renouvelables ; mais ces sommes permettront, comme tout investissement, des déductions fiscales. Et le milliard annuel de chiffre d’affaire risque fort de faire l’objet d’une taxation minimale : Electrabel est spécialiste des ficelles fiscales.
« Pour le reste, continuez comme avant »… Electrabel, en situation de quasi-monopole, va toujours jouir de sa situation hyper-profitable. Pas question donc d’ouvrir un débat sur la manière dont le pays relèvera demain les nombreux défis énergétiques. L’allusion du ministre Paul Magnette à un éventuel mécanisme d’achat unique de l’électricité d’origine nucléaire (une piste pour renforcer le poids public) est passée à la trappe tout juste après avoir été énoncée.
Pas question, non plus, de proposer des pistes pour réduire la facture énergétique des citoyens ou de l’industrie. « L’idée d’un plafonnement des prix n’a pas eu de succès », note cliniquement le ministre dans une interview. Le consommateur n’y verra donc pas de différence… Notez bien, là aussi, c’est toujours ça de pris. Les électriciens avaient menacé de remonter les tarifs en cas de non prolongement du nucléaire… Vous rappelez-vous quand ils nous promettaient une baisse des factures si le marché était libéralisé ?
Alors, une occasion gâchée ? Assurément. Le politique, une nouvelle fois, a renoncé à actionner la puissance publique. Ce choix est-il dû à la disproportion des acteurs et à la toute puissance d’Electrabel ? Mais c’est la Belgique elle-même qui a favorisé la montée en puissance des électriciens privés. Ce choix est-il dû à la prépondérance de nouvelles conceptions politico-économiques ? Ceux là même qui, au gouvernement, utilisent l’argument sont les enfants spirituels de ceux qui ont ouvert cette porte-là…
Nico Cué, Secrétaire général de la MWB - FGTB