De mémoire de syndicaliste, il faut remonter très loin dans le temps pour retrouver une fête du travail se déroulant dans une période économique et politique aussi maussade.
Edito de Antonio Di Santo, 3/05/2010.
Avant toute chose, permettez-moi de vous remercier très chaleureusement pour votre participation à ce 1er mai.
Dans le petit monde parfait du capitalisme, tout se déroulait bien jusqu’il y a peu. Mais un matin, les traders et les spéculateurs malfaiteurs se sont réveillés avec la gueule de bois. Les marchés ont dégringolé, des institutions financières de réputations mondiales se sont effondrées et les gros bonnets de la finance ont vite empoché leur parachute doré en essayant de se faire oublier. Pendant ce temps là, les travailleurs, eux, ont été laissés dans le plus grand désarroi. Ils n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer devant les restructurations et les périodes de chômage économique d’une durée intolérable dont ils sont encore victimes.
40.000 emplois perdus en Belgique en 2009. 90.000 de plus en 2010. Ces chiffres déjà édifiants et dramatiques ne tiennent pas compte de la prochaine mise sur le marché du travail des 100.000 jeunes qui quitteront l’école fin juin. Quelles réponses sommes-nous capables de leur apporter ?
Jamais une crise n’avait engendré autant de désolation. Beaucoup ont répété – sûrement pour s’en convaincre – que personne ne pouvait la prévoir. Et pourtant ! Si seulement, on nous avait écoutés ! La FGTB a toujours mis en garde contre les ravages de la dérégulation. Comme vous le savez, nous portons un projet de société plus juste et plus égalitaire. Mais, force est de constater que ces trente dernières années, nous avons assisté à tout le contraire.
Cette crise totale nous prouve tous les jours à chaque fois que nous ouvrons un journal, à chaque fois que nous allumons la télévision que le capitalisme est à la base même de ce cataclysme économique.
Nous subissons les dégâts sociaux de cette crise générée par l’aveuglement de financiers sans scrupule qui au nom du profit immédiat ont créé des produits toxiques et qui en un jour ont vu partir en fumée 4.000 milliards de dollars.
Les financiers n’ont rien compris, bien au contraire. Ils exploitent la pauvreté de la population et profitent de la fragilité des Etats. La faillite d’un Etat qui nous paraissait impossible jusqu’il y a peu est possible aujourd’hui. Voyez la situation catastrophique de la Grèce. Voilà ce qu’apporte la société moderne de l’ultra libéralisme et de la mondialisation.
Mais quelle mondialisation ? Savez-vous que sur notre planète 2 milliards de personnes n’ont toujours pas d’eau potable, que 800 millions d’enfants n’ont pas accès à l’école. Que depuis 2007, la crise a déjà plongé 200 millions de personnes dans l’extrême pauvreté et 150 millions de personnes dans la malnutrition. Et en Belgique, que s’est-il passé ?
Il y a plus d’un an que l’Etat a injecté 21 milliards € dans les banques pratiquement sans conditions. Le Ministre des Finances affirmait que c’était nécessaire pour protéger les petits épargnants et relancer l’économie. Avec quel résultat ? Les banques ont durci les critères d’accès aux crédits aux entreprises et encore plus grave, les travailleurs qui sont en chômage économique voient leurs demandes d’emprunts hypothécaires refusées malgré un contrat à durée indéterminée. Les banques les classent dans la catégorie des emplois précaires.
Un an plus tard, grâce aux aides massives des Etats, les banques reparlent de bénéfices, de spéculations, de dividendes et de bonus à se partager.
Nous, par contre, on reparle de faillites, de licenciements, de fermetures, de chômage et d’encore faire des sacrifices. Basta ! Trop c’est trop ! La FGTB est porteuse de revendications et elle compte bien les faire aboutir.
Malgré les pertes d’emplois et l’absence d’un nombre suffisant d’emplois nouveaux, le système du contrôle de la disponibilité des chômeurs reste d’application menaçant de sanction un nombre de plus en plus important de chômeurs. Cette situation est inacceptable. Les décisions actuelles ne prennent pas suffisamment en compte le contexte socio-économique auquel sont confrontés les travailleurs : chaque jour 350 emplois passent à la trappe mais l’on n’enraye pas les sanctions. La FGTB exige donc un moratoire sur le contrôle de la disponibilité pendant la période de crise avant la mise en œuvre d’une réforme en profondeur.
La FGTB réclame également le conditionnement des aides publiques et du régime fiscal au maintien et à la création d’emplois, en particulier en ce qui concerne les intérêts notionnels. Ce système doit être abandonné au plus vite. Toute aide publique aux entreprises doit être conditionnée à des exigences en matière d’emploi et d’investissements. Malgré la baisse spectaculaire des recettes publiques, le gouvernement maintient une série de formes aveugles et coûteuses d’aides publiques sans rapport avec les investissements ou l’emploi. A propos du coût des intérêts notionnels, la FGTB avait raison depuis le début. Au lieu des 500 millions initialement prévus, le coût de cette mesure est estimé aujourd’hui à plus de 4 milliards d'euros. Cette situation est intenable.
Avec cette somme colossale, des politiques économiques intelligemment réfléchies auraient pu être mises en œuvre pour répondre aux défis de demain : le vieillissement de la population et l’amélioration de la pension légale ou encore un véritable plan de mise au travail des jeunes.
Que ceux qui nous ont mis dans cette galère paient. Que le gouvernement aille chercher l’argent là où il se trouve et pas dans la poche trouée des travailleurs. Des alternatives existent !
Il faut :
- lutter contre la fraude fiscale en levant le secret bancaire ;
- renforcer l’administration fiscale ;
- faire participer les banques aux coûts occasionnés par la crise ;
- taxer les plus-values financières et les mouvements de capitaux.
Ces propositions, si elles faisaient l’objet d’une volonté politique, rapporteraient en terme de rentrées budgétaires près de 20 milliards €.
La FGTB exige aussi la mise en place d’un plan de relance éco-solidaire. Les Régions et l’Etat fédéral doivent développer une stratégie industrielle cohérente afin d’opérer la mutation de notre économie en une économie pauvre en carbone. Entendons-nous bien, Camarades, il ne s’agit certainement pas de tourner le dos à nos industries. Surtout pas ! Cette stratégie doit permettre la transition vers une économie d’innovation et de croissance durable.
Et à tout ceux qui pensent que la sidérurgie est un secteur économique d’arrière garde et que la verrerie n’a plus sa place en Wallonie, je leur dis qu’ils se trompent lourdement. La Commission Européenne reconnaît la sidérurgie comme un des piliers fondamentaux de notre économie. De plus, ces deux secteurs connaissent une évolution en recherche et développement totalement inédite, les inscrivant donc pleinement dans l’économie durable. Le verre et les produits sidérurgiques sont totalement recyclables. Les industries de ces secteurs réalisent des investissements colossaux dans le domaine environnemental. S’il le fallait encore, la preuve en est faite aujourd’hui que ces secteurs sont plus que jamais des secteurs d’avenir n’en déplaisent à certains politiciens en mal de publicité !
Avec ce plan de relance éco-solidaire, nous allons transmettre aux générations futures de nouvelles valeurs intégrant plus de respect de l’environnement et un mode de consommation qualitatif plutôt que quantitatif. Il faut revenir à un équilibre entre économie durable et épanouissement social. Mais pas question de tolérer un nouveau capitalisme même peint en vert !
Il y a urgence, Camarades. 85% de la population voient s’éroder son pouvoir d’achat - une famille sur deux boucle difficilement ses fins de mois - et doit faire le choix entre se chauffer et se nourrir. Les plus malchanceux d’entre eux doivent en plus opter entre manger ou se soigner !
Actuellement, un salaire ne protège même plus de la pauvreté. L’économie doit être au service du citoyen et non le contraire ! Nous attendons de l’Etat qu’il concilie l’économie, la démocratie et la cohésion sociale. L’Etat se doit d’être social avant tout.
L’organisation syndicale doit retrouver son rôle de contre-pouvoir et oser le combat pour une autre société. Mais ne soyons pas naïfs. Le combat devra être mené bien au-delà des frontières de notre petite Belgique. Les solutions devront être globales et une opportunité de se faire entendre du plus grand nombre s’offre à nous. Du haut de toutes ces tares institutionnelles, la Belgique va présider l’Union Européenne dès le 1er juillet 2010. A-t-elle bien le droit de donner des leçons ? Prenons ce droit ! Des changements radicaux s’imposent !
Exigeons que l’Union Européenne s’attaque à trois thèmes forts, trois piliers pour la société de demain : la réduction de la pauvreté, la cohésion sociale et la qualité du travail.
Il est intolérable que même des travailleurs aient des difficultés à finir le mois. Cherchons l’argent où il se trouve ! Il est inadmissible de s’enrichir en « jouant » avec un ordinateur ! Exigeons la régulation des marchés financiers. Nous devons en finir avec la culture du « tout et n’importe quoi » qui a contribué à créer cette crise. Nous devons rétablir des règles qui garantissent qu’une crise comme celle-là n’arrivera plus jamais.
Revoyons l’impôt des sociétés ! S’il faut une fiscalité environnementale, exigeons qu’elle soit juste ! Régulons les fonds spéculatifs qui ne créent rien. Intensifions la protection des consommateurs !
Mais cela ne doit pas se faire en s’attaquant aux services publics. Leur libéralisation est-elle un succès ? On n’équilibre pas un budget en supprimant des facteurs, des enseignants ou des liaisons ferroviaires ! Les services publics sont un pilier de notre modèle social.
Tout comme ce deuxième pilier primordial, à savoir l’indispensable cohésion sociale. Attention de ne pas toucher aux services sociaux. Les soins de santé ne font pas partie du secteur marchand : ils constituent un service d’intérêt général ! Pas touche aux acquis ! Notre société doit veiller à la protection des sans-emploi et s’armer devant le vieillissement de sa population. Elle doit également offrir des perspectives à sa jeunesse : d’accord avec le leitmotiv des « emplois verts » mais de grâce pour des emplois décents ! Ne tolérons pas que l’on oppose les jeunes aux travailleurs dans la cinquantaine ou aux pensionnés. Chacun a sa place dans la société.
Mais tout cela n’est possible que si la croissance est au rendez-vous et qu’existe une réelle qualité du travail. Les syndicats doivent peser de tout leur poids dans les options futures. Un travail décent ne peut être lié à la concurrence salariale. N’opposons pas le travailleur roumain ou vietnamien à nos travailleurs. Pourquoi ne pas poursuivre l’idéal d’un salaire minimum « relatif » en fonction des niveaux de vie de chaque pays ? Veillons à une harmonisation et à un renforcement des inspections sociales. Un enfant thaïlandais n’est pas condamné au travail dès 12 ans et un mineur chinois ne doit pas risquer sa vie à chaque instant surtout si c’est pour pousser à la précarité un jeune européen ! Qui dit travail décent, dit formation revue et adaptée. Osons critiquer également les dogmes d’hier : la flexisécurité, ça ne marche pas si le patronat ne retient que la flexibilité à outrance ! De même, l’Union Européenne doit harmoniser par le haut les normes sociales.
L’Europe sociale est le défi de demain. La Belgique confrontée à tant de problèmes politiques internes n’a certainement pas de leçons à donner aux autres pays mais qu’elle poursuive au moins un seul objectif noble : apporter un élan à l’Europe sociale. Cela n’a que trop traîné !
Camarades, pour nous syndicalistes, rien ne nous a jamais été acquis. Nous devrons toujours nous battre. Ce que nous obtenons était et sera toujours le résultat de lutte que nous sommes capables de mener. Les défis sont grands. Notre économie est en danger.
Aujourd’hui, même une entreprise qui gagne de l’argent n’est pas à l’abri d’être délocalisée. Carrefour, la sidérurgie, le secteur automobile, … sont autant d’exemples de désastres sociaux.
L’heure n’est plus à la sensibilisation mais à la mobilisation. Je me permets aujourd’hui de lancer au nom de la FGTB Charleroi & Sud-Hainaut un appel aux autres Régionales afin que nous puissions dans les semaines qui viennent organiser une grande démonstration de notre capacité de mobilisation et donner un avertissement aux partis politiques afin qu’ils s’occupent de nos vrais problèmes. L’heure n’est pas à des problèmes de territoire avec BHV mais l’heure est à la sauvegarde de l’emploi.
En ce qui concerne la sidérurgie, le délai que nous avions donné à Duferco est écoulé. Nous ne pouvons plus accepter que des travailleurs soient exclus de leur travail depuis 18 mois. Nous exigeons la reprise de l’activité dans les plus brefs délais ainsi que les investissements nécessaires à la consolidation de l’activité du groupe en Belgique.
La FGTB a besoin de l’ensemble des citoyens et de leur participation massive à l’action que nous mènerons prochainement.
Comptez sur nous pour être plus combatifs que jamais en luttant pour l’amélioration de la vie des travailleurs. Ne doutez pas de notre détermination ! Nous menons un combat existentiel pour nos enfants et nos petits-enfants.
Vive la FGTB !
Excellent 1er mai à tous !
Antonio Di Santo, Président de la FGTB Charleroi-Sud Hainaut, Président de la Fédération FGTB Métal Hainaut-Namur.