Dans le dossier de l’accord interprofessionnel 2011-2012, les cartes sont désormais distribuées. Le moins qu’on puisse dire est que les travailleurs n’ont pas eu droit à une belle levée. Et qu’il va falloir taper du poing sur la table de jeu.
Edito de Francis Gomez, 7/02/2011.
Sur le fond, le projet d’accord qui nous a été soumis est le pire que j’ai vu depuis longtemps. Presque tout est à jeter. Il y a bien l’une ou l’autre amélioration ponctuelle, mais on est dans le pelliculaire.
La meilleure illustration qu’il n’y a rien de bon là-dedans est la démonstration par l’absurde que développent ceux qui défendent l’accord : au moins, disent-ils, l’index est préservé ! Mais il ne manquerait plus que ça (et malgré tout, les menaces de remettre en cause les mécanismes de calcul de l’indice des prix ne sont pas écartées). Et puis, disent-ils, cet accord a le mérite d’exister : pourront s’en prévaloir les travailleurs qui, dans les entreprises de petite taille, ne peuvent mettre en place un rapport de force suffisant. Ca aussi, c’est de l’aveuglement : quand le rapport de force n’existe pas, il y a toujours quantité de patrons qui décident qu’ils se fichent de l’AIP et qui ne l’appliquent tout simplement pas !
En outre, et nous en venons à la forme, la FGTB est complètement lâchée par la CSC, qui a quand même fini par approuver le texte. Que faut-il constater ? Que de nombreux CSC en Wallonie ont dit refuser l’accord à leur niveau ; que les employés «verts» ont refusé ; puis que la CSC nationale a dit «oui» à plus de deux tiers, ce qui n’est quand même pas mince.
Pourquoi ? Parce que l’appareil de la CSC nationale, aux mains des Flamands, voulait «secourir» ses alliés gouvernementaux du CD&V et du CdH, en mauvaise posture. Les chefs de la CSC ont donc fait le forcing et imposé leur stratégie à une base qui n’a pas la capacité de contester, puisque les structures de la CSC sont assez peu démocratiques. Une fois de plus, les «verts» flamands ont imposé leur point de vue au nom de leurs intérêts particuliers.
A nous d’exploiter cette situation, que ce soit sur le terrain concret de l’entreprise ou dans nos réflexions sur le nécessaire approfondissement de la régionalisation du pays, que ce soit sur le plan institutionnel ou par rapport aux structures syndicales.
Pour le reste : l’AIP est là, qui ne nous convient pas, que nous avons refusé. Ce n’est pas la première fois que cela arrive, et nous savons tous, d’expérience, comment agir pour que, malgré tout, les accords qui s’ensuivent (que ce soit au plan sectoriel ou au niveau de l’entreprise) soient les plus favorables aux travailleurs.
Il faut, tout d’abord, et le plus vite possible, une réaction globale, forte et structurée de la FGTB. J’insiste sur les trois mots : globale, forte et structurée. C’est-à-dire un plan d’action pouvant aller jusqu’à des grèves de 24 heures au plan interprofessionnel, sur base d’un calendrier construit. Et cela ensemble. Liège n’est jamais en reste lorsqu’il faut agir, mais il faut vraiment s’organiser (rapidement, bien sûr) pour que la riposte se fasse ensemble.
En ces temps politiquement troublés, le gouvernement ne peut pas ne pas nous écouter, surtout les forces politiques qui se revendiquent des mêmes valeurs que nous et qui risquent bien, prochainement, d’encore nous appeler à la rescousse pour les temps électoraux.
Cette dénonciation vigoureuse de l’AIP nous permettra de nous présenter forts au plan sectoriel. Nos revendications à ce niveau seront bientôt validées par nos instances, à l’issue d’un travail démocratique en profondeur que j’ai déjà salué ici. Les patrons doivent savoir que, lors de ces discussions, nous ne nous sentirons en rien liés par les clauses d’un AIP que nous avons refusé. Agoria se félicite publiquement de la meilleure santé du secteur ? Tant mieux, mais les travailleurs doivent aussi recevoir leur part d’une amélioration à laquelle ils ont largement contribué.
Et si cela ne se passe bien dans les secteurs, nous ferons comme en 2009-2010 : nous irons chercher ce que nous voulons partout où c’est possible, entreprise par entreprise.
Cet avertissement est, encore, sans frais : un climat social serein dépend d’accords sociaux satisfaisants. Cela a toujours été le cas jusqu’ici, et c’est encore plus vrai aujourd’hui. Le patronat ne semble pas le vouloir au plan fédéral, comme l’ont montré les discussions sur l’AIP. Qu’au moins il le comprenne au plan sectoriel et en région liégeoise. Sinon nous devrons l’expliquer autrement que par des mots…
Francis Gomez, Président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg