Organisons la riposte !

Cette crise est l’occasion de revoir un système qui a démontré ses limites. Il est temps de faire payer ceux qui nous ont mis dans cette galère. Que le gouvernement aille chercher l’argent là où il se trouve et pas dans la poche trouée des travailleurs. Des alternatives existent, et nous allons organiser la riposte !

Edito de Antonio Di Santo, 9/10/2009.

Discours prononcé à Charleroi le 9 octobre 2009
à l'occasion de la grève interprofessionnelle de 24h.

Camarades,

Je constate avec plaisir que notre appel en front commun a été entendu au-delà de la région de Charleroi Sud-Hainaut.  Je tiens à souligner la présence des Camarades du Centre, de Mons, de Namur, de Tournai, de Liège, des autres provinces et des différentes structures syndicales wallonnes et fédérales.

Je remercie également les producteurs laitiers qui sont parmi nous aujourd’hui. Nous sommes solidaires de leur action et témoignons notre sympathie à ce métier difficile qui nécessite de lourds investissements,  qui n’est pas reconnu à sa juste valeur et qui est sacrifié sur l’autel de la libéralisation.

Nous subissons tous les dégâts sociaux d’une énième crise financière générée par l’aveuglement et la folie des gourous de la finance, qui sans scrupule et au nom de la pensée unique du profit immédiat ont créé des produits toxiques et en un jour 4.000 milliards de dollars sont partis en fumée, en nous laissant comme programme :

  • Une crise financière
  • Une crise économique sans précédent
  • Une crise environnementale
  • Une crise institutionnelle et budgétaire : - 25 milliards
  • Un tsunami social avec la perte de millions d’emplois.

Voilà ce qu’apporte la société moderne de libre échange, de libéralisme et de mondialisation…

Mais quelle mondialisation ? Savez-vous que sur notre planète 2 milliards de personnes n’ont toujours pas d’eau potable, que 800 millions d’enfants n’ont pas accès à l’école. Que depuis 2007, la crise a déjà plongé 200 millions de personnes dans l’extrême pauvreté et 150 millions de personnes dans la malnutrition. Et en Belgique, que s’est-il passé ?

Il y a juste un an que l’Etat a injecté 21 milliards d'euros dans les banques pratiquement sans conditions. Le Ministre des Finances affirmait que c’était nécessaire pour protéger les petits épargnants et relancer l’économie. Avec quel résultat ?  Les banques ont durci les critères d’accès aux crédits aux entreprises et, encore plus grave, les travailleurs qui sont en chômage économique voient leurs demandes d’emprunts hypothécaires refusées malgré un contrat à durée indéterminée. Les banques les classent dans la catégorie des emplois précaires.

Un an plus tard, grâce aux injections massives des Etats, les banques reparlent de bénéfices, de spéculations, de dividendes et de bonus à se partager. Nous, par contre, on reparle de faillites, de licenciements, de fermetures, de chômage et d’encore faire des sacrifices.

La Belgique perdra 90.000 emplois en 2009 et vraisemblablement 125.000 autres en 2010 et un chômage économique inacceptable dans sa durée a été imposé aux ouvriers et employés. Et que dire pour les milliers de CDD et intérimaires qui ont été jetés sans un regard, sans aucune solidarité, sans aucun accompagnement social...  Voilà une autre facette cruelle des concepts modernes de gestion libérale.

BASTA ! Trop c’est trop !!  L’ultra-libéralisme nous a déjà trop coûté. Il est plus que temps que les travailleurs soient traités avec plus d’égard que des instruments anonymes. Nous réclamons une société de bien-être, une société d’épanouissement individuel dans un espace collectif citoyen. La FGTB en a marre des discours libéraux sur la suppression des prépensions, l’allongement de la durée du temps de travail sans compensation en reculant l’âge de la retraite à 67 voire 68 ans avec une pension unique à 1.000€/mois !

STOP ! CA SUFFIT ! Pouvez-vous concevoir un ouvrier de plus de 65 ans dans un laminoir ou dans le bâtiment ? Voulez-vous le pousser à l’accident, au drame ? Connaissez-vous, par contre, beaucoup de gourous de la finance accidentés du travail ? Personnellement, je n’en ai jamais rencontré et l’actualité toute récente les situe plus dans les prisons bruxelloises tentant d’expliquer des délits d’initiés qu’à l’hôpital ou devant les commissions d’accidents de travail.

Mais pour tous les dysfonctionnements que je viens de citer brièvement, le mal est fait et il est déjà trop tard. On n’est pas descendu dans la rue aujourd’hui pour réclamer l’aumône ou 1 euro de plus ! Notre but doit être plus ambitieux ! La société que nous avions il y a encore un an et demi a foiré… hé bien, construisons-en une autre pour nos enfants !

La crise que nous connaissons n’est pas une fatalité et il serait inconvenant de le faire croire à la population. Elle est l’occasion d’instituer une réelle alternative sociétale. Ne ratons pas cette opportunité !

Pendant plus de trente ans, les politiques libérales ont détricoté nos acquis sociaux en nous imposant les règles inhumaines et injustes du capitalisme. Camarades, c’est le moment de tout reconstruire et d’amorcer le changement. Une autre société est possible et nous le prouverons ensemble !

Nous devons tout rebâtir : quel salaire brut est acceptable pour vivre décemment, pour atteindre un certain bien être ?  Quelle pension ?  Avec quel genre de financement ? Il est de notre devoir aujourd’hui d’apporter des réponses à ces questions. Et certainement pas avec la vision de Johnny Thijs, le directeur de la Poste, qui affirme que 8,45 € de l’heure est un bon salaire.

Cette crise est l’occasion de revoir un système qui a démontré ses limites. Nous devons travailler ensemble à une autre société où l’homme retrouvera la place centrale qu’il n’aurait jamais dû perdre.

Il est temps de faire payer ceux qui nous ont mis dans cette galère. Que le gouvernement aille chercher l’argent là où il se trouve et pas dans la poche trouée des travailleurs. Des alternatives existent ! Il faut :

  • Lutter contre la fraude fiscale en levant le secret bancaire
  • Renforcer l’administration fiscale
  • Faire participer les banques aux coûts occasionnés par la crise financière
  • Taxer les plus-values financières.

Ces propositions, si elles faisaient l’objet d’une volonté politique, rapporteraient en terme de rentrées budgétaires près de 20 milliards d'euros.

Car, Camarades, s’attaquer aux allocations de chômage et principalement aux plus jeunes n’est pas la solution. Les perspectives pour les jeunes en difficulté ne sont guère séduisantes.

Renforçons l’enseignement, incitons-les à la formation, aidons-les concrètement et activement dans la recherche de travail mais pas en les excluant. Les perspectives pour les trois années à venir annoncent quelque 25.000 jeunes qui viendront grossir chaque année les rangs des demandeurs d’emplois.

Si nous respectons la logique libérale, nous allons toujours vers plus d’exclusions. Innovons en la matière ! Réclamons un moratoire gelant toute exclusion pendant cinq ans, recentrons l’insertion socioprofessionnelle des jeunes en obligeant les entreprises qui les engagent et qui bénéficient de réductions de cotisations de leur octroyer un vrai contrat de travail pour qu’ils puissent construire dignement leurs vies.

Réfléchissons à une politique plus globale d’insertion citoyenne. Pourquoi pas un type de service civil qui contribuerait à soutenir les services publics tout en développant l’apprentissage dans un domaine où les besoins de la population sont énormes et ne cesseront de croître ?

A l’heure où on attaque plus que jamais nos services publics, j’affirme devant vous que des services publics forts, dynamiques et de qualité doivent être défendus. Nous devons nous opposer à toute privatisation susceptible d’altérer nos droits fondamentaux comme la santé, l’enseignement, la sécurité, la culture, la mobilité ou la justice. L’existence d’un secteur public fort est un gage de développement économique et garantit le bien-être du citoyen. Il participe également à la démocratie et garantit l’égalité des chances pour tous, tout en luttant contre les inégalités et les exclusions. Il faut arrêter de démanteler ce secteur : ce véritable régulateur économique indispensable à une société citoyenne.

Les services publics sont d’autant plus indispensables que l’économie marchande ne répond pas aux besoins de tous les citoyens. Loin de là. Si l’école était payante, combien pourraient se la payer ? Si les tarifs des transports publics s’établissaient au prix coûtant, combien ne pourraient plus se déplacer ? Si on écoutait les libéraux, il faudrait abandonner les personnes isolées dans des petits villages dont le seul lien social est la visite du facteur ! C’est pour ces raisons qu’il est nécessaire que la société organise elle-même ces services essentiels et les rende accessibles au plus grand nombre.

Le gouvernement ne doit pas faire sien le credo de l’ultra-libéralisme. Les services publics ne doivent pas être assimilés à des entreprises privées soumises aux réalités économiques du moment où existe une exigence de rentabilité. Nous revendiquons l’efficacité et la qualité des services publics mais rejetons la rentabilité et la productivité à tout prix.

Le déficit budgétaire de la sécurité sociale est estimé à 5,34 milliards d'euros en 2010. Ce chiffre est l’argument-phare du patronat pour réduire notre couverture sociale et signer l’arrêt de mort de notre système de sécurité sociale. Camarades ! Réaffirmons notre attachement au système national de sécurité sociale basée sur l’assurance et la solidarité. Ce déficit dont les assurés sociaux ne sont en rien la cause ne peut faire d’eux des victimes. Nous disons clairement : ne touchez pas à notre sécurité sociale car notre réponse sera cinglante.

Si l’Etat a trouvé, en 24h, 21 milliards d'euros pour les banques, il peut en moins de 3h trouver 3 milliards d'euros pour notre sécurité sociale. Mais pas sur le dos des travailleurs, des pensionnés et des plus démunis !

Camarades, l’époque n’incite pas à l’optimisme mais notre lutte puise ses sources dans plus d’un siècle de combat et une crise si profonde soit-elle ne pourra en venir à bout ! Nous allons organiser la riposte. Le monde économique doit assumer ses responsabilités. Il ne peut se contenter de regrets et de pointer un doigt accusateur vers telle organisation ou tel groupe de financiers dont il a été le complice.

Sachez que nous irons à la confrontation si c’est la solution. Nous irons dire au gouvernement : ne vous trompez pas de cible, osez prendre les bonnes directions et certainement pas les tests de ces derniers jours.

Nous n’avons pas peur de remonter nos manches. Notre lutte est grande et juste ! Menons le combat pour nos enfants et nos petits-enfants !

Disons tous ensemble NON !! On ne paiera pas cette crise !

Antonio Di Santo, Président de la FGTB Métal Hainaut-Namur