Une démonstration

Aller à Bruxelles, le 24 mars dernier, pour y montrer notre ressentiment, était un pari risqué. Non pas que quiconque, à la FGTB Métal Liège-Luxembourg, doute de la motivation des travailleurs à se mobiliser contre des projets qui, à tous les niveaux, depuis l’Europe jusqu’au plan local, risquent de nous coûter cher. Mais nous savons tous, depuis longtemps, que les sensibilités ne sont pas les mêmes partout. Parce que les situations sont différentes ; parce que les sensibilités sont variables ; parce que les pratiques de sensibilisation fluctuent d’un lieu à l’autre.

Edito de Francis Gomez, 12/04/2011.

Ainsi, le 24 mars, nous avons été lâchés par la CSC. Nous étions devant les institutions européennes, comme la Confédération européenne des Syndicats l’avait souhaité. Les Verts étaient à mini-Europe, au Heysel, divisant une nouvelle fois les travailleurs après les avoir lâchés dans le cadre des négociations interprofessionnelles, ouvrant ainsi la porte à un AIP parmi les plus rétrogrades de l’histoire sociale belge. On a beau y être habitué, on a beau savoir que les choix des dirigeants de la CSC divisent profondément le syndicat chrétien, il n’en reste pas moins que cette situation complique lourdement les négociations qui doivent s’entamer dans les secteurs puis dans les entreprises, comme cela avait déjà été le cas pour la discussion des accords 2009-2010. Les patrons vont, comme d’habitude, utiliser le « non » des responsables de la CSC et la passivité des militants chrétiens pour tenter de nous fermer toutes les portes au nez.

Pari risqué donc, pari réussi. Les 25.000 militants présents ont montré leur détermination. Il y avait d’importantes délégations de Flandre, ce qui n’a pas toujours été le cas et nous permet d’espérer qu’enfin, au Nord, on prend conscience de la gravité de la situation et de l’intérêt qu’il y a, s’il faut changer les choses, à montrer son mécontentement de manière forte. Et, dans tous les secteurs de notre organisation, on a senti la volonté de mobiliser. Certes, chacun le fait selon ses moyens, et l’on peut toujours regretter que, ici et là, quelques délégations étaient clairsemées. Certes, on peut dire que 25.000 ce n’est pas encore assez, mais l’essentiel est que tout le monde a continué à bouger avec détermination et que le 24 s’est, pour nous, inscrit dans l’autre succès qu’avait été l’action du 4 mars.

Il  ne faut bien entendu pas en rester là et nous devons maintenant, tous ensemble, réfléchir à la suite des événements. L’inquiétant texte sur la gouvernance européenne est peut-être plus policé qu’il n’était initialement rédigé : il n’en est pas moins toujours imbuvable et potentiellement porteur de menaces comme la fin de l’indexation automatique des salaires ou le resserrement drastique des critères de compétitivité, ce qui aura aussi une incidence sur les rémunérations.

Quand à l’AIP, il termine ces jours-ci son parcours législatif et réglementaire. C’est donc le moment de frapper fort dans les secteurs et dans les entreprises, pour activer les marges de manœuvre qui sont les nôtres.

Ainsi, il est évident que nous devons remettre en cause les misérables 0,3 % de marge salariale hors index. Il n’y a absolument rien dans les textes tels qu’ils ont été rédigés qui sanctionnerait un secteur ou une entreprise qui déciderait de passer outre et d’octroyer plus. C’est donc la principale carte que nous devons jouer lors des négociations qui vont s’ouvrir, sans oublier évidemment l’ensemble des revendications consignées dans les cahiers que nous avons élaboré secteur par secteur.

La manifestation du 24 a prouvé que notre  capacité de mobilisation était non seulement intacte, mais même plus forte que jamais. Nous avons donc les armes nécessaires pour arracher ce que nous n’obtiendrions pas dans le dialogue des négociations qui s’ouvrent dans les secteurs puis dans les entreprises.

La balle est dans le camp des employeurs. S’ils souhaitent que les choses se passent bien, ils ont les outils pour le faire. Sinon, nous n’hésiterons pas à remettre la pression, comme cela s’est fait en 2009 puis en 2010. Je préférerais certes qu’ils aient retenu la leçon des années précédentes et que nous n’ayons pas à devoir, une nouvelle fois, expliquer les choses à notre manière. Mais autant avertir : notre détermination est intacte, et toutes nos forces sont là, comme nous l’avons démontré.

Francis Gomez, Président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg

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