L'expression du peuple reste effrayante pour la marche des affaires. C'est une bonne nouvelle à l'heure où la peur doit changer de camp !
Edito de Nico Cué, 14/11/2011.
Face aux «marchés financiers», le spectacle donné par les États est lamentable. Leurs responsables agissent en notre nom. Malheureusement, de moins en moins pour défendre un intérêt général. Les «grands» de ce monde s'essoufflent ainsi dans une course folle dont le tempo est fixé par trois agences de notation qui, jour après jour, disqualifient un peu plus les créances de la Grèce, de l'Espagne ou du Portugal avant celles de l'Italie. Les responsables politiques semblent évoluer dans la crise comme des papillons de nuits se brûlant les ailes sur l'éclairage public. Le spectacle de leur résignation aux logiques marchandes est tragique.
Ils viennent d'avoir très chaud. Le peuple grec, saigné aux quatre veines, a bien failli être invité à s'exprimer sur son destin par référendum. Quelle mouche a donc piqué le Premier Ministre grec ? Laissons à d'autres le soin de décortiquer ses stratégies internes et européennes. Retenons qu'il a suffi à cet homme écrasé devant la finance d'envisager d'en appeler à ceux dont il tire sa légitimité pour voir le monde entier s'interroger sur sa santé mentale, crier au scandale et à la rupture de la «solidarité européenne» (répétons que la France et l'Allemagne, en «aidant la Grèce», sauvent d'abord leurs institutions bancaires. Charité bien ordonnée...).
Le Premier grec, raide comme un piquet, prompt à mendier sous nos fenêtres, avait pris l'habitude d'obéir aux ordres du tandem «Merkosy». Puis de rentrer, tête basse en son pays, pour un tour de vis supplémentaire. Là, il se rebiffe ? Sans avoir averti ses «bienfaiteurs»?
«Puisqu’on vous dit que vous votez mal !»
L'affaire aux allures ubuesques finit par nous livrer quelques morceaux de choix. Un président français dont la main tremblante est régulièrement tenue par le patron de la BNP, s'étranglant face à la rebuffade du «petit» Grec, en vint à exiger qu'on changeât la question à poser. Ah, vous voulez quitter l'Europe ? Merkel qui, deux semaines plus tôt, était incapable de s'engager sans l'appui d'une majorité parlementaire fragile se fit plus discrète pour reprocher à Papandréou de vouloir une même couverture à la veille de l'hiver. Et puis un G20 convoqué à Cannes finit par remettre bon ordre dans ce bordel qui fit plonger les cours des Bel 20, CAC 40 et autres Dow Jones. Le Premier grec, revenu à de meilleurs sentiments, décida donc de rester tranquille... Happy end?

En filigrane de cette panique généralisée à la simple perspective de voir la population consultée sur la sauce à laquelle on veut la manger, les expériences délicates des référendums précédents, sur le Traité constitutionnel notamment, en France, au Pays-Bas et en Irlande, ont bien sûr ressurgi comme des fantômes un jour d'Halloween. A tous les coups, les peuples «se sont trompés», ont «mal» voté, «contre l'avis des gouvernants». Il fallut donc faire revoter ou, plus efficace, passer par les Parlements après un léger lifting des textes. Ce qui d'un point vue «qualité-prix» n'apparaît pas, en démocratie, comme un «maître-achat».
Plus près de nous, il y a eu également les consultations populaires (en 2010 et 2011) imposées par le Président de la République d'Islande sur la question du remboursement des dettes de la banque Icesave. Résultats : le peuple islandais a refusé d'assumer les pertes d'une banque privée... Caramba, encore raté ! Le néolibéralisme n'est décidément pas soluble dans la consultation populaire.
Cette doctrine qui asphyxie les démocraties depuis 30 ans tient en une thèse : «Il n' y a pas d'alternative à l'accroissement des inégalités». A la faveur de la crise financière, il est devenu évident, comme le souligne l'économiste américain Paul Krugman, que «l'extrême concentration des revenus est incompatible avec la vraie démocratie. Quelqu'un peut-il nier que notre système politique est perverti par l'influence de l'argent et que cette perversion empire à mesure que les richesses d'un petit nombre deviennent plus grandes ?»
L'expression du peuple reste effrayante pour la marche des affaires. C'est une bonne nouvelle à l'heure où la peur doit changer de camp ! Dans cette course folle, nous approchons en effet d'un point de rupture dangereux. Le comportement de Lakshmi Mittal en est un bel exemple. L'accroissement du profit individuel passerait par la destruction d'outils de production... de la richesse commune. Cette logique-là conduit dans le mur. A grande vitesse.
Nico Cue, Secrétaire général de la MWB-FGTB