MR : une « gauche » bien à droite…

A gauche toute ! Voilà comment les médias viennent de commenter le «tournant» idéologique des libéraux francophones, en ce dernier jour de janvier. Rénovation du discours ou pas, la technique reste la même. C’est celle de la sangsue.

Edito de Francis Gomez, 15/02/2010.

Les interrogations de Didier Reynders et de ses fans se résument facilement. «Aurai-je un emploi ? Mes enfants auront-ils une éducation qui les prépare à la vie ? Comment protéger le milieu naturel ? Comment mieux lutter contre la pauvreté ?». Belles questions, hein… A ceci près que ces interrogations-là sont quelques-unes de celles que se posait, déjà, la jaquette  d’un livre, «Librement», signé Jean Gol, grand gourou libéral, en… 1992. Nouveauté ?   Le «Printemps des réformes» annoncé en grandes pompes et qualifié de «moderne», de «progressiste», de «triomphe du libéralisme social» est, en fait, une resucée des vieux slogans libéraux.

Ne nous y trompons pas : au-delà de quelques considérations nouvelles et captivantes, comme par exemple le constat bien de saison selon lequel (sic : ce qui suit est vraiment dans le texte du manifeste…) «les langues scandinaves possèdent une incroyable variété de termes pour désigner la neige, la glace, le dégel», c’est bien le même discours qui revient : celui du mépris, celui de la condescendance, celui des fausses promesses.

Dans le texte libéral, la crise que nous vivons n’est pas nommée. Tout juste s’il y a une phrase condamnant les dérives financières, auxquelles les «réformateurs s’opposent»… Dans ce document, il n’y a rien qui réponde aux interrogations du moment. On s’en doutait bien sûr. Mais comment ne pas déplorer que les analystes politiques parlent de virage à gauche ? Et comment ne pas constater avec tristesse que les contresens innombrables du texte MR ne semblent même pas susciter le moindre débat idéologique ? Comme si on voulait laisser infuser dans les esprits de l’opinion l’idée que le libéralisme pourrait apporter des réponses de solidarité aux énormes problèmes sociaux et économiques qu’il a suscités.

«Le travail, c’est capital», dit le MR. Il regarde ainsi le marxisme avec les yeux de l’artilleur allemand essayant d’abattre le planeur des héros dans la scène finale de La Grande Vadrouille.  Confrontons donc ce que disent les libéraux et la réalité. «Celui qui, pour lui-même et pour sa famille, n’a pas accès au logement, à l’enseignement, à la justice, aux soins de santé, à la culture, n’est pas libre», lit-on page 18.  Pas une allusion donc au fait que cette liberté passe aussi par le droit au travail, générateur des revenus qui permettront de bénéficier des autres droits. Et voilà comment le MR justifiera plus tard de nouvelles chasses aux chômeurs, de nouvelles réductions de droits.

Et de nouvelles politiques économiques «libéralement» musclées. Celles qui consistent à favoriser l’accumulation de richesses en agissant prioritairement sur un seul élément : le travailleur. Celui-là même dont les rémunérations doivent être contenues, pour que la compétitivité (lisez les bénéfices) soit la meilleure possible. Celui-là qui doit être plus disponible, accepter de perdre des revenus quand le patron n’a pas besoin de lui, et accepter de sacrifier sa vie de famille quand l’entrepreneur a besoin de lui – sans augmentation salariale, évidemment, l’avenir est tellement incertain…

Rénovation du discours ou pas, la technique reste la même. C’est celle de la sangsue. L’entreprise doit faire des profits à verser aux capitalistes, aux actionnaires. Réduire le coût du travail est un moyen d’accroître ces profits. Et compter sur la collectivité en cas de problème en est un autre. Le libéralisme demande donc moins de fiscalité, pour soulager financièrement le capital. Tout en n’hésitant pas à demander de l’argent à l’Etat si les affaires vont mal, ou s’il faut investir, ou s’il fait licencier, ou s’il faut prépensionner, ou s’il faut mettre en chômage. C’est la collectivité qui doit supporter toute évolution des coûts de production qui irait dans le sens d’une réduction des profits pour le capitaliste.

J’entends le MR dire que j’exagère. Ah bon ? Deux jours avant de rendre publique sa nouvelle ligne «de gauche», les libéraux refusaient de soutenir une bien timide proposition de loi qui suggère que les entreprises faisant du bénéfice et bénéficiant du mécanisme des intérêts notionnels soient condamnées à rembourser ceux-ci en cas de réduction du personnel…
A gauche toute ? On ne fait jamais du neuf avec du vieux.

Francis Gomez, Président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg

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