Messieurs les égoïstes, ça suffit !

Les armes, ça peut finir par tuer. Les hauts-fourneaux, ça rejette des poussières dans l’air. Les camions, ça fait vibrer les maisons. Et les avions qui atterrissent, ça fait du bruit, de jour comme de nuit.

Edito de Francis Gomez, 17/03/2011.

Bref, l’activité économique peut nuire. Bref, le travail peut avoir des conséquences négatives. Bref, gagner sa vie, c’est réduire la qualité de la vie.

Ce constat est vieux comme la révolution industrielle. Il a toujours fallu faire des arbitrages entre les besoins de l’activité industrielle et ceux de l’environnement. A la charnière des deux, il y a le travailleur, qui a besoin d’activité industrielle puisque c’est ce qui lui donne son steak. Et qui a besoin d’un environnement de vie agréable… à commencer par les conditions existant sur son lieu de travail.

Pourquoi parler de cela aujourd’hui ? Parce que ces derniers mois, en région liégeoise en tout cas, j’ai l’impression que quelques noyaux d’égoïstes tentent de remettre en cause ces équilibres, au nom d’intérêts particuliers. C’est peut-être moins le cas aujourd’hui dans les environs de Liège Airport, où les quelques «comités de riverains» semblent plutôt en sommeil. Mais il ne faut pas oublier les années de procédure, les menaces régulièrement émises de bloquer le développement de l’aéroport par des voies judiciaires, et le coût colossal, pour les finances publiques, des solutions qui sont intervenues.

Mais regardez ce qui se passe au Trilogiport d’Oupeye, où la création d’un centre logistique vital pour l’avenir de la région se heurte à des successions de recours : on risquerait de ne pas exploiter la chance unique qu’est la combinaison d’un noeud routier et d’un des plus grands ports fluviaux d’Europe ?

Mais regardez du côté des hauts-fourneaux d’ArcelorMittal, où un soi-disant comité représentatif, composé de personnes qui n’habitent même pas toutes dans les environs, demande qu’on ne rouvre pas le haut-fourneau arrêté, après avoir constaté que le haut-fourneau en question produit moins de poussière quand il est à l’arrêt que lorsqu’il fonctionne ?

Regardez enfin du côté de la FN. Certes, il ne s’agit pas exactement du même problème, puisque les riverains ne sont pas en cause. Mais néanmoins, au nom d’une vision très particulière et tout à fait idéologique, quelques-uns jugent que la Belgique doit être la conscience morale du monde, et que cette gloire-là vaut bien la perte de quelques milliers d’emplois et la disparition d’une industrie complète que d’autres, dans le monde, auront vite fait de remplacer.

Tout cela, dans une région qui cherche à se redresser économiquement, dans une région où le taux de chômage est encore largement supérieur à 20%... Le plus extraordinaire est que les activités dans la ligne de tir de ces nouveaux croisés de l’égoïsme, ce sont pile-poil les secteurs sur lesquels, justement, la région liégeoise compte pour sortir de l’ornière. La logistique a déjà permis la création, au total, d’environ 5.000 emplois sur Bierset, et le Trilogiport, couplé au projet de TGV fret, devrait encore sensiblement améliorer le volume total. La FN se porte bien, et les derniers contrats qu’elle a pu signer montrent qu’elle reste un des leaders mondiaux de son secteur. La sidérurgie enfin n’est pas du tout une industrie condamnée, mais développe des produits de plus en plus sophistiqués. Liège est aux avant-postes de la recherche à ce niveau, mais quelle que soit la performance technologique du produit, il faudra toujours de l’acier à la base et donc… un haut-fourneau.

La FGTB Métal Liège-Luxembourg s’est toujours battue contre les capitalistes qui voulaient délocaliser ou fermer des activités. Nous nous sommes aussi battus contre les pouvoirs publics lorsqu’ils rechignaient à donner à la région les moyens de la reconversion. Nous avons obtenu des volte-face radicales de certains patrons, et nous avons mis en place, par notre sens des responsabilités et notre volonté de dialogue, un climat social qui a permis l’arrivée à Liège d’entreprises et d’outils économiques importants.

Nous n’allons pas laisser gâcher cela par une poignée d’irresponsables ne représentant qu’eux-mêmes. Nous n’hésiterons pas à les combattre, même s’ils sont, eux aussi, Liégeois. Peut-être avons-nous laissé trop de place à ces gens. Peut-être, au nom du sens du débat et du respect de la démocratie, avons-nous trop laissé faire. Si c’est le cas, c’est fini. Nous ne laisserons plus rien passer et donc nous combattrons, partout où nous pouvons, ces dérives égoïstes. Nous ne voulons pas que notre région se développe n’importe comment, et nous sommes évidemment attentifs au cadre dans lequel notre économie doit fonctionner, en tenant compte aussi de l’impact sur le futur de ce que nous faisons aujourd’hui. Mais nous voulons, aussi et surtout justement, que Liège se développe. Il y va, tout simplement, de notre avenir et de celui de nos enfants.

Francis Gomez, Président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg

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