Pas sortis de l’auberge

Cela ne signifie pas que les vacances se prolongent: mais, en cette rentrée 2010, on n’est pas sortis de l’auberge...

Edito de Francis Gomez, 17/09/2010.

Et je ne veux pas parler cette fois de l’auberge institutionnelle. Même si de celle-là non plus on n’est pas sortis, comme les derniers événements l’ont démontré. Tiens, à ce propos : plusieurs personnalités de gauche viennent d’embrayer sur le discours qui est le nôtre depuis des années : il faut se préparer à toutes les possibilités, pour ne pas se retrouver désarmés si d’aventure la Flandre cherchait à vivre sa vie sans s’occuper de nous.

Dans le chef de ces responsables, mieux vaut tard que jamais… Mais il est tout de tout de même piquant de constater l’écart abyssal entre les positions de ces personnes, lorsque les métallos de Liège-Luxembourg ont réaffirmé, fin juin, leurs options pour un régionalisme (très) fort, et ce qu’elles découvrent aujourd’hui…

Non, l’auberge dont je veux parler, c’est l’auberge de l’économie. Deux ans après le cataclysme financier qui a frappé le monde entier, la convalescence économique est loin d’être acquise. Pis : les craintes d’un nouveau crash sont réelles, comme l’illustrent les profondes divergences d’analyse entre les «spécialistes» ou les secousses en tous sens qu’enregistrent les marchés financiers.

C’est là qu’il faut être inquiets. Car ce qui nous a permis, dans notre pays, de passer plus ou moins entre les gouttes de la crise, c’est l’ensemble du système de protection sociale qui est le nôtre, combiné à une certaine capacité d’intervention de l’Etat dans l’économie. Les pouvoirs publics ont sauvé, à grands frais, les banques et le système ; les travailleurs victimes de la réduction de l’activité économique ont pu faire le gros dos et limiter la casse grâce aux mécanismes de solidarité sociale.

C’était, en quelque sorte, un pied de nez au courant politiquement dominant, fait de réduction drastique du rôle de l’Etat et de coupes sombres dans les dépenses sociales.
Or, ce courant là n’est pas mort. Qu’est ce qui se pointe à l’horizon des mois qui viennent ? Une nouvelle austérité.

Chez nous, si un gouvernement sort du chapeau ce sera pour décider, au bas mot, de 30 milliards  d’économie (il faut noter qu’aucun parti ne remet ce montant en cause, sauf ceux qui pensent qu’il est insuffisant !). Et partout ailleurs, France, Angleterre, Grèce ou Espagne, c’est pareil: la recette proposée est l’austérité, le serrage de ceinture. Ce sont les travailleurs qui sont appelés à payer la crise. Les Etats sont priés de trancher dans le vif de leur structure, ce qui a toujours des conséquences sur les premiers bénéficiaires des services collectifs, c’est-à-dire vous et moi. Et ils devront payer moins de chômage, moins de soins de santé, moins d’aides aux citoyens en difficulté. Tout se passe en fait comme si le capitalisme tentait de profiter des circonstances pour réussir ce qu’il a raté en 2008 et transformer la crise en une nouvelle avancée pour ses propres dogmes.

Inutile de dire qu’à tout cela, il ne reste qu’un rempart: ce sont les travailleurs. Nous avons, en cet automne, deux belles occasions de peser. La première est justement l’élaboration du programme du futur gouvernement. On sait que la droite y sera forte, du simple fait que la Flandre est, à 80 %, à droite.

J’ai déjà dit à quel point personne ne remettait en cause la nécessité d’une austérité. Il faut donc, au moment où les grands axes de la future politique, faire en sorte que le poids de la gauche soit maximal, ce qui implique une pression forte de notre part: si le PS est incontournable aujourd’hui, c’est grâce à nos voix. Il faut le lui rappeler et bien repréciser qu’une sortie de la crise politique ne peut se faire à n’importe quel prix en termes de réduction des prestations sociales et publiques. Et n’ayons pas peur de dire que mieux vaut une crise plus longue qu’un dénouement rapide, mais anti-social.

Deuxième étape : la discussion prochaine de l’accord interprofessionnel 2011-2012. Et ce sera dur. Ressortiront des tiroirs patronaux les élucubrations sur les normes de compétitivité, la demande de suppression de l’index, les remises en cause des mécanismes du chômage. Avec, même dans les rangs syndicaux, des courants prêts, d’ores et déjà à lâcher des choses au nom de réalités qui n’on rien à voir avec ce que nous connaissons en Wallonie. Nous devrons aussi, dans ce dossier, nous arc-bouter sur nos valeurs et sur la défense des intérêts des travailleurs.

Ce ne sera pas simple, et cela risque, au bout du compte, d’engendrer encore quelques frustrations. Celles-ci devront s’effacer devant la conviction que nos choix et nos méthodes sont les meilleurs. Comme le montre, souvent, le ralliement de nombreux responsables politiques à nos idées ; comme le montrent, tout aussi souvent, les progrès de nos points de vue dans notre syndicat. En toute modestie, notre auberge fait recette…

Francis Gomez, Président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg