Libéralisme idéologique : un mur qui se lézarde…

Novembre 1989: chute du mur de Berlin. Vingt ans plus tard, des crises en cascade se sont invitées au goûter d’anniversaire : alimentaire, financière, économique, sociale, écologique, énergétique, climatique, crise des finances publiques… Le libéralisme n’a plus vraiment le cœur à la fête.

Edito de Nico Cué, 19/10/2009.

Le monde va célébrer la chute du mur de Berlin. En novembre 1989, l’effondrement de quelques pans de béton bien armés annonçait un basculement du monde. Le capitalisme perdait un ennemi et privait la gauche de « modèle » d’alternatives… L’Histoire touchait à son terme. L’économie de marché devenait l’horizon indépassable des sociétés. Les idéologies, ces vagues et nébuleuses philosophies coupées des réalités marchandes, pouvaient disparaître. Les « valeurs » du libéralisme avaient devant elles un boulevard pour se déployer, glorifier la réussite et l’individualisme, justifier l’inégalité et la misère, rendre acceptables les dégâts du capitalisme, l’« ordre naturel des communautés humaines », selon l’expression du patron de la Bourse de Bruxelles.

Vingt ans plus tard, des crises en cascade se sont invitées au goûter d’anniversaire : alimentaire, financière, économique, sociale, écologique, énergétique, climatique, crise des finances publiques, systémique… Et le libéralisme n’a plus vraiment le cœur à la fête.

Vingt ans après leur acte de décès, les « idéologies » font un retour remarqué. Une occasion pour réfléchir et analyser de quoi on parle ?

Dans son usage courant, le mot « idéologie » est généralement compris comme un système de pensées et utilisé dans un sens plutôt péjoratif pour désigner des concepts très éloignés de la réalité concrète. Pour les libéraux, seuls les discours opposés sont… « idéologiques » !

Plus objectivement, l’idéologie se définit comme « une construction collective de l’esprit, une vision, dont le but apparent est de dire le sens des choses ». Leur fonction réelle serait pourtant de masquer des situations intolérables. Karl Marx enseignait, lui, que chaque classe sociale produit sa propre idéologie (le sens qu’elle donne à son propre vécu). Il expliquait aussi qu’à chaque époque, les «pensées de la classe dominante sont aussi les pensées dominantes ». La capacité des puissants à imposer leurs convictions en camouflant aux travailleurs où est leur propre intérêt (par des processus d’aliénation) permet de comprendre comment s’articule les deux constats qui ne sont contradictoires qu’en apparence.

Le débat sur le financement des pensions en est un exemple éclairant. Objectivement, les systèmes d’assurance par répartition ont prouvé leur plus grande efficacité. Ils sont moins coûteux et plus sûrs que les systèmes par capitalisation. Depuis trente années, le matraquage commercial, politique et médiatique contre la pension légale par répartition a convaincu les travailleurs de confier à des sociétés privées une partie de leur salaire. Ces acteurs privés ont ainsi pu drainer vers eux une part de l’épargne populaire. Ils ont pourtant perdu des plumes dans la crise financière. Leur « modèle » a prouvé ses limites. Partout dans le monde !

De manière pragmatique, il conviendrait donc d’encourager les travailleurs à en tirer les leçons et de leur permettre, dans leur intérêt !, de quitter ce Titanic qui prend l’eau de toute part. L’idéologie dominante, portée notamment par l’OCDE, entend les convaincre du contraire. Quitte à leur vendre, en option,… les gilets de sauvetage.

Nico Cué, Secrétaire général de la MWB