Si vos enfants ont, aujourd’hui, entre zéro et 30 ans, cela veut dire qu’ils n’ont jamais entendu un gouvernement parler d’autre chose que d’austérité...
Edito de Nico Cué, 24/05/2010.
C’est en effet au tournant des années ‘80 que les courants économiques et financiers dominants se sont mis à ce dogme-là. Et ils n’en ont pas varié depuis, saisissant toutes les opportunités pour vanter les mérites de l’austérité publique (cures d’amaigrissement des politiques publiques, réduction globale des dépenses de l’Etat) ou de l’austérité privée (blocage voire réduction du pouvoir d’achat, accroissement de la compétition entre individus, mises en causes des mécanismes de couverture sociale).
Et tout ça pour quels résultats ? Les taux de chômage sont affolants ; les inégalités sociales se sont accrues ; le travail compte de moins en moins dans la création de richesses ; les Etats sont toujours dans la dèche ; le système financier est sous la coupe de pirates sans foi ni loi ; les entreprises ont remplacé les politiques industrielles par des stratégies financières ; et même l’extraordinaire idée qu’était la construction européenne a fini par capoter, dans les esprits mais aussi dans les faits, parce qu’elle a été transformée en machine à produire de l’austérité.
Et comme rien ne va toujours pas, donc, quelle est la solution qui nous est proposée pour demain ? Devinez… L’austérité, bien sûr. La dernière institution à être montée au créneau à ce sujet est notre national Bureau du Plan qui nous demande rien moins qu’une quarantaine de milliards d’euros supplémentaires d’efforts structurels… Et encore, paraît-il, on s’en sort bien. Ce qui veut dire par exemple un taux de chômage global qui tournera, en 2015, autour des 13%... Extraordinaire perversion des perceptions dans un pays où tous les médias ont parlé des bonnes perspectives tracées par cette analyse, et où personne ne se demande si 13 % de chômeurs, c’est vraiment un bon chiffre…
Le Bureau du Plan n’est pas seul dans ses souhaits d’austérité. De nombreux pays européens sont en train de se préparer à en remettre une couche, au détour de la crise grecque et des ennuis de l’euro. Les gouvernements se comportent comme ce paysan qui, jugeant que la nourriture de son âne lui coûtait trop cher, décida de le rationner pour économiser. Et l’âne mourut de faim juste au moment où il s’habituait à ne plus manger…
Ce serait drôle si nous n’avions pas l’impression, en l’occurrence, d’être l’âne de l’histoire… Multiplier les mesures d’austérité, que ce soit dans la sphère privée en pesant sur les revenus des travailleurs ou dans la sphère publique en sabrant dans les dépenses des Etats (de manière jamais vue : plusieurs pays sont aujourd’hui déterminés à réduire nettement les salaires des fonctionnaires), tout cela n’aboutit qu’à de nouvelles contractions de l’économie, et donc à un approfondissement des récessions.
Le Prix Nobel d’Economie Joseph Stiglitz le résumait dans le journal Le Monde le 23 mai dernier : «Aujourd'hui, l’Europe veut un plan coordonné d'austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années 1930, que ce n'est pas ce qu'il faut faire».
En 2008, quand la crise de subprimes a frappé, de nombreux gouvernements avaient décidé, justement, de ne pas serrer la vis pour ne pas accroître la déglingue. Le système n’avait pas trop mal fonctionné, mais les mêmes gouvernements avaient en même temps laissé les acteurs financiers poursuivre les mêmes spéculations, provoquant la nouvelle étape de la crise que nous vivons aujourd’hui. Et il faudrait cette fois, pour s’en sortir, choisir à nouveau la politique du tour de vis ?
Non. Les Etats doivent, à nouveau, se concentrer sur les politiques de relance. Il y a des moyens, il suffit de vouloir les utiliser. En Belgique, la moitié de ce que demande le Bureau du Plan peut-être trouvé par la seule lutte contre la fraude fiscale. Si vous ajoutez à cela la fin des intérêts notionnels et, enfin, une taxation des grandes fortunes… En zone euro, le déficit 2009 est de 7.000 milliards d’euros, alors qu’une taxe de… 0,1 % ( !) sur les transactions financières rapporterait, en année pleine, 750 milliards d’euros…
Oui, il y a moyen de nourrir l’âne !
Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB.