A la FGTB Métal Liège-Luxembourg, les questions institutionnelles ont toujours été jugées importantes. Capitales, même. C’est le fruit d’une prise de conscience qui remonte à voici plus de cinquante ans, dans la foulée des réflexions d’André Renard qui avait perçu, avec plus d’acuité que d’autres, combien le modèle belge se fissurait et combien les fondements économiques et sociaux du pays commençaient à diverger.
Edito de Francis Gomez, 25/05/2010.
Chaque année qui passe n’a fait que renforcer la pertinence de ces analyses. Le problème était – et reste – que les économies de la Flandre, de Bruxelles et de la Wallonie n’ont plus grand-chose en commun aujourd’hui, non plus que les structures démographiques et sociologiques. Même les aspirations politiques deviennent largement différentes, avec une Flandre se droitisant vers le libéralisme le plus dur, tandis que le Sud du pays reste attaché à des valeurs de solidarité sociale se traduisant par la défense de mécanismes collectifs.
Quelques grandes réformes institutionnelles ont certes permis de régler de nombreuses questions. Mais ces réformes, souvent obtenues de haute lutte, dans des compromis à l’arraché, ont toujours paru venir un peu tard et ont conservé un côté inachevé qui portait en lui les germes de nouvelles évolutions divergentes.
Les dix premières années de ce siècle l’ont d’ailleurs illustré de manière tout à fait exemplaire. La Flandre, nettement plus prospère pendant la croissance, avait d’autres besoins que la Wallonie. Et quand la crise a frappé, de manière peut-être plus brutale encore au Nord, on a bien compris que les solutions valables là-bas ne l’étaient pas chez nous, et vice-versa.
Il faut aller plus loin, pousser encore plus les différences en matière d’emploi, de politiques publiques, de fiscalité. Et défendre cette volonté parmi les Métallos de Wallonie et, plus largement et avec les structures de la MWB, auprès de toute la FGTB fait partie des objectifs que je me suis fixé depuis que les militants m’ont choisi comme président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg.
Mais absolument rien de tout cela n’a à voir avec l’incroyable affaire de BHV (la scission ou non de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, faut-il le rappeler ?). Ce Bazar pour six Hôtels de Ville n’est pas un débat institutionnel dont l’objectif final est de développer des structures plus proches du citoyen, donc fonctionnant mieux : c’est une bête querelle politicienne dont on s’étonne qu’il ne se trouve personne pour dire publiquement «basta !».
Les partis traditionnels flamands sont tétanisés devant la montée en flèche des courants les plus nationalistes, mais cela fait des années qu’ils font, dans le meilleur des cas, la politique de l’autruche ou, dans le pire des cas, qu’ils développent des stratégies d’alliance qui ont un petit d’air des accords de Munich en 1938. Qui a fait de la NVA ce qu’elle est, sinon le CD&V ? Et que fait l’Open VLD, si ce n’est de la surenchère électorale ?
Les libéraux flamands ne font rien d’autre que chercher à compenser l’échec de leur politique économique, qui est apparu en pleine lumière avec la raclée qu’a prise la Flandre lors de la récente crise financière.
Et que font les francophones ? Les libéraux sont pieds et poings liés au FDF qui n’hésite jamais à remettre de l’huile sur le feu. Et si les socialistes n’ont pas, à première vue, de grandes responsabilité dans une crise politique qu’ils dénoncent avec vigueur, il faut admettre qu’ils ont tout de même, eux aussi, adopté un profil bas au moment où l’échec se nouait.
La crise survient au pire moment, parce que l’économie est fragile encore, parce que les entreprises n’ont pas fini, loin de là, de panser leurs plaies. Les élections auront surtout pour effet d’accroître encore le désenchantement de l’opinion vis-à-vis du monde politique. Et ce genre de désenchantement est toujours une catastrophe pour les travailleurs, dont le meilleur rempart est une démocratie qui tourne bien et dans laquelle ils croient.
La mise sur pied d’un nouveau gouvernement fédéral risque bien de durer et même d’avoir des conséquences sur les gouvernements régionaux. Et enfin, les vraies questions institutionnelles risquent même de pâtir des futures discussions : rien ne prouve que les revendications d’accroissement des autonomies régionales ne passeront pas à la trappe d’un accord aux forceps sur BHV.
Un vrai gâchis. Il faut oser le dire clairement : les Wallons ne veulent pas mourir pour BHV. La situation dans les communes de la périphérie bruxelloise n’a rien à voir, contrairement à ce que dit le FDF, avec l’occupation nazie. Et à choisir, la reconstitution des fragiles équilibres sociaux et économiques mis à mal par la crise valent mieux que l’orgueil de quelques conservateurs ultra, de Flandre ou de la périphérie.
Francis Gomez, président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg.