Philomène Adam était-elle coupable ?

L’Histoire s’écrit au présent mais se lit au passé. Nous donnera-t-elle demain quitus de nos renoncements actuels, de nos actes quotidiens, des choix de nos contemporains ? Comment jugera-t-elle, par exemple, la criminalisation croissante de toutes formes de solidarité ? Nos enfants et petits-enfants en décideront en conscience et en fonction d’événements dont, sans doute, nous ignorons tout encore…

Editorial van Nico Cué, 15/06/2018.

(siehe Deutsche Fassung unten)

Georges Haselbauwer est né, outre-Rhin, en 1918. Il n’a pas choisi son époque et devient, malgré lui, adolescent quand l’Allemagne s’égare dans le nazisme. A 16 ans, il a conscience de ce qui se prépare et plante tout là pour partir se réfugier en Belgique. Peut-être parce qu’il connaît un peu de français ? Il arrive dans le bassin sidérurgique liégeois et lui qui n’est pas resté sur les bancs de l’école plus tard que le temps d’achever des études primaires trouve l’embauche à Cockerill, comme « garçon de bureau ».

La famille Adam lui garde une chambre à Grâce-Berleur. Il y rentre tous les soirs. Philomène, veuve depuis la première guerre, lui prépare le souper. Du haut de son mètre cinquante, elle élève seule avec un caractère trempé trois autres garçons, à peine plus âgés que Georges, ses propres enfants.

Au moment de la guerre, les choses se compliquent pour tout le monde. En âge de milice, l’exilé qui a plus de 20 ans est considéré par l’occupant comme un déserteur. Il devra se cacher durant toute cette période noire. Y compris au moment de la libération d’ailleurs : les alliés n’auraient pas compris ce que fabriquait là un… ressortissant allemand !

Tôt après 1940, Philomène reçoit la visite embarrassée d’un employé communal qu’elle reconnaît. Tout le monde se connaît dans le coin. Il est porteur d’une très mauvaise nouvelle. Il lui tend un papier qui annonce, officiellement, la disparition de son fils Marcel.  Tombé au front ! Sans grande hésitation, elle contraint alors l’agent à détruire le document et lui présente Georges qui dorénavant, dit-elle, sera «Marcel Adam».

Faux, usage de faux, usurpation d’identité, intimidation de fonctionnaire ?

Cette audace permettra à celui qui devient de facto son fils… adopté d’exister encore un peu. Et même de se marier durant la guerre. Puis de lui donner six petits-enfants qu’elle éduquera comme les siens. Jusqu’à sa fin, elle vivra au milieu de cette grande famille. Elle y mourra entourée d’une profonde affection.

LE DEVOIR DE S’INSURGER
Aujourd’hui, d’autres Philomène Adam refusent toujours de se résigner à la fatalité qui frappe d’autres humains. Elles sont nombreuses. Discrètes. Elles prennent aussi des risques. Et parfois,  la Justice les rattrape à un tournant…

Elles s’appellent par exemple Anouk Van Gestel, suspectée de « trafic d’être humain » pour avoir ouvert sa porte à de jeunes réfugiés africains échoués au Parc Maximilien de Bruxelles. Elle est par ailleurs rédactrice en chef de « Marie-Claire ». Ou encore Myriam Berghe, coupable d’un même « délit de solidarité » qui ne dit pas son nom. Elle est aussi journaliste mais à « Femmes d’aujourd’hui ». Deux femmes d’aujourd’hui, en effet, accusées d’humanité à l’endroit de jeunes en exil et traînées sur le banc d’infamie dans un « procès d’Allemand » instruit contre l’accueil et la fraternité.

Au même moment, un secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration salit l’image d’un pays tout entier sur la scène internationale en suggérant de « contourner » l’article 3 de la Déclaration des droits de l’Homme qui impose aux Etats la protection de tous contre la torture et les mauvais traitements. Ironie de l’Histoire : c’est le même qui défrayait la chronique au moment de son entrée en fonction pour avoir participé au 90e anniversaire d’un… collabo flamand jamais repenti !

En ce XXIe siècle sur lequel la lumière tarde à se lever, les Philomène Adam sont aussi, d’une certaine manière, des syndicalistes poursuivis, à Anvers ou à Liège, pour avoir exprimé une solidarité concrète à l’endroit des bénéficiaires de la sécurité sociale, de l’indexation des salaires ou des services publics… Ils sont accusés de l’avoir fait contre un nouvel esprit des lois. Une conception qui oppose à la grève le droit de circuler ou de travailler à une époque paradoxalement marquée par les embouteillages et par l’écartement du travail de cohortes entières…

La solidarité est le sel de notre humanité. Quand  le pouvoir en fait, explicitement ou pas, un délit, il nous prépare à des monstruosités. La première étant de nous transformer nous-mêmes en monstres froids et insensibles. Devant l’Histoire, le devoir de s’insurger s’impose alors, comme un réflexe de survie.

Nico Cué
Secrétaire général

 

SCHULD ODER UNSCHULD DER PHILOMÈNE ADAM

Geschichte wird in der Gegenwart geschrieben, doch wenn man sie liest, ist sie Vergangenheit. Werden zukünftige Generationen uns für unsere heutigen Entsagungen, unser alltägliches Handeln und unsere Entscheidungen einmal Entlastung erteilen? Wie wird die Geschichte dereinst die zunehmende Kriminalisierung aller möglichen Solidaritätsformen beurteilen? Darüber werden unsere Kinder und Kindeskinder zu beschließen haben – nach ihrem eigenen Wissen und Gewissen, auf der Grundlage von Ereignissen, die wir heute zweifellos noch nicht kennen...

Georges Haselbauwer erblickt im Jahr 1918 jenseits des Rheins das Irrlicht dieser Welt. Er kann sich seine Zeit nicht aussuchen und erreicht das Teenageralter, als Deutschland gerade anfängt, sich in den Nationalsozialismus zu verrennen. Mit 16 Jahren wird ihm bewusst, was sich zusammenbraut. Er lässt sein bis dahin geführtes Leben hinter sich, um Zuflucht in Belgien zu suchen. Vielleicht, weil er ein bisschen Französisch spricht. So landet er im Lütticher Stahlbecken. Er, der gerade einmal einen Grundschulabschluss in der Tasche hat, findet bei Cockerill eine Anstellung als Bürogehilfe.

In Grâce-Berleur hält die Familie Adam ihm ein Zimmer frei. Dorthin kehrt er jeden Abend zurück. Philomène, seit dem Ersten Weltkrieg verwitwet, kocht ihm sein Abendessen. Sie ist gerade einen Meter fünfzig groß, lässt sich aber kein X für ein U vormachen und erzieht alleine ihre drei Söhne, die kaum älter sind als Georges.

Mit dem Kriegsausbruch gestaltet sich die Lage für alle Beteiligten plötzlich komplizierter. Der Geflohene, zu dem Zeitpunkt über 20 Jahre alt und damit wehrdienstpflichtig, wird vom Besatzer als Fahnenflüchtiger eingestuft. In dieser ganzen dunklen Zeit muss er sich verstecken. Und mit der Befreiung wird sich dies nicht ändern, denn die Alliierten werden nicht verstehen, was ein deutscher Staatsangehöriger in Lüttich treibt.

Schon kurz nach 1940 erhält Philomène Besuch von einem verlegen wirkenden Gemeindeangestellten, den sie gleich erkennt. Schließlich kennt dort jeder jeden. Er überbringt ihr eine üble Nachricht. Aus dem Schreiben, das er ihr überreicht, erfährt sie, dass ihr Sohn Marcel vermisst wird.  An der Front gefallen! Ohne lange zu zögern, zwingt Philomène den Bediensteten, das überbrachte Dokument zu zerstören und stellt ihm Georges vor, der fortan, so bestimmt sie, als „Marcel Adam“ durchs Leben gehen werde.
Urkundenfälschung und Benutzung gefälschter Urkunden, Identitätsbetrug, Einschüchterung von Beamten?

Ihre Unverfrorenheit ermöglicht es demjenigen, der damit faktisch ihr Sohn wird, ein wenig länger zu leben – und sogar noch während des Krieges zu heiraten. Ihr außerdem sechs Enkel zu schenken, die sie miterzieht, als seien es ihre eigenen. Bis zu ihrem Tod lebt Philomène inmitten dieser großen Familie. Und stirbt tief betrauert im Kreise ihrer Lieben.

DIE PFLICHT, SICH AUFZULEHNEN
Bis heute weigern sich Menschen wie sie, vor dem Schicksal anderer einfach die Augen zu verschließen. Sie sind zahlreich. Diskret. Und gehen Risiken ein. Manchmal werden sie auch zum Opfer der Justiz.

Sie heißen zum Beispiel Anouk Van Gestel und werden des Menschenhandels verdächtigt, nur weil sie jungen afrikanischen Flüchtlingen, die im Brüsseler Parc Maximilien gestrandet sind, ihre Tür öffnen. Anouk ist übrigens Chefredakteurin des Magazins „Marie-Claire“.  Oder sie heißen Myriam Berghe und machen sich ähnlicher „Solidaritätsverbrechens“ schuldig. Auch Myriam ist Journalistin – allerdings bei der Zeitschrift „Femmes d’aujourd’hui“. Ein gutes Stichwort!  Ja, es handelt sich um zwei „Frauen von heute“, die beide wegen allzu großer Menschlichkeit gegenüber jugendlichen Asylsuchenden auf die Anklagebank gezerrt werden und denen im Namen der Verurteilung von Gastfreundschaft und Brüderlichkeit der Prozess gemacht werden soll.

Zur gleichen Zeit beschmutzt ein Staatssekretär für Asylfragen und Migration auf der internationalen Bühne den Ruf eines ganzen Landes, indem er vorschlägt, Artikel 3 der Universalen Erklärung der Menschenrechte zu „umgehen“. Jenen Artikel, der den Staaten vorschreibt, jeden zu schützen, der von Misshandlung und Folter bedroht ist. Ironie der Geschichte: Derselbe Staatssekretär sorgte bei seinem Amtsantritt für Schlagzeilen, als bekannt wurde, dass er an der Feier zum 90. Geburtstag eines reuelosen flämischen Kollaborateurs teilgenommen hatte.

In diesem vom Tageslicht nur zögerlich erhellten 21. Jahrhundert heißen in gewisser Weise auch alle Gewerkschafter „Philomène Adam“, die in Antwerpen oder Lüttich dafür belangt werden, dass sie sich mit Sozialhilfeempfängern solidarisch erklären, oder sich für eine Indexierung der Löhne und für die Zukunft des öffentlichen Dienstes stark machen. Ihnen werden Verstöße gegen den neuen Geist der Gesetzgebung vorgeworfen.  Eine Interpretation des Gesetzes, die dem Streikrecht das Recht eines jeden Bürgers, sich frei zu bewegen, und das Recht auf Arbeit entgegenstellt. Angesichts der alltäglichen Stauproblematik und der zahlreichen Massenentlassungen klingt es wie Hohn.

Solidarität ist das Salz der Menschheit. Wenn ein Staat sie – ausdrücklich oder unterschwellig – zum Verbrechen abstempelt, müssen wir mit nahezu monströsen Entwicklungen rechnen. Wir selbst sollen uns wohl in kalte, unsensible Monster verwandeln. Wenn die Geschichte uns eines gelehrt hat, dann dies: Manchmal entspricht die Pflicht, sich aufzulehnen, einfach nur dem Überlebensinstinkt.

Nico Cué
Generalsekretär