Gouverner à la facho, le corps des femmes aussi…

L’intérêt partagé par les églises et les fachos pour un gouvernement autoritaire du corps des femmes reste consternant. Par les temps qui courent et l’obscurantisme qui gagne du terrain, elles ont du souci à se faire ! Et ceux qui les respectent aussi…

Editorial van Nico Cué, 13/07/2018.

L’impact spécifique des politiques des gouvernements Michel ou Borsu sur les femmes est gigantesque. Déjà parce que le Wallon le plus pauvre est une Wallonne et que toutes les politiques qui approfondissent l’inégalité jouent, forcément, contre elles. Les économies dans les soins de santé les frappent particulièrement. Les politiques qui touchent aux salaires, au chômage ou à l’emploi de la même manière aussi. Aujourd’hui, la majorité fédérale chipote dangereusement avec le droit à l’avortement.

La manière dont le pouvoir gouverne le « féminin » reste un indicateur probant d’un fascisme qui (re)vient. Comme la façon de traiter les exilés. Comme les politiques de partage de la richesse produite par le travail...

Le parcours brillant des « diables rouges » à la coupe du monde football en Russie dresse comme un écran de fumée face à cette réalité.

Il contrarie sans doute le plan com’ des nationalistes flamands : c’est déjà bon à prendre. Il alimente, en effet, l’idée d’une Belgique possible, crédible et performante. Un  « pays réel » représenté par une équipe bigarrée, multicolore et polyglotte. Une équipe dirigée, en plus, par un étranger qui ne s’exprime publiquement que dans un anglais très approximatif. Une ferveur populaire, aussi forte que probablement éphémère, revigore des symboles – l’hymne national, les couleurs du drapeau… - qui ne cadrent pas avec la logorrhée confédérale, séparatiste ou indépendantiste. Mais…

Mais derrière les écrans géants, le basculement vers un autre régime se confirme de jour en jour. Les résultats sportifs n’annoncent aucune trêve politique dans le démantèlement annoncé depuis 2014 de la sécurité sociale, des services publics, des libertés syndicales… Il y a des signes qui ne trompent pas. Le fascisme conquiert les esprits et gagne du terrain ici comme dans de nombreuses régions d’Europe.

L’Union se renferme de l’intérieur, et à double tour, dans sa boîte de conserve. Des exilés continuent de se noyer en Méditerranée. Les dirigeants continuent de tenter de convaincre qu’ils n’en sont pas responsables. Mais ceux qui survivent et échouent misérablement sur le pont des navires humanitaires se voient refoulés de ports en ports par des gouvernements nazillons. La politique du Conseil européen rappelle tristement la Conférence d’Evian qui se tenait voici tout juste 80 ans et qui traitait de la manière de… ne pas recevoir les Juifs allemands que Hitler chassait (en conservant leurs biens). La fermeture des frontières était déjà à l’ordre du jour de « démocraties » s’effilochant.

Un effondrement éthique fulgurant
Pour les classes dirigeantes du capitalisme, le fascisme n’a jamais été une folie mais au contraire un système parfaitement cohérent : elles y ont certes dû connaître quelques renoncements mais quel autre régime aurait-il pu leur « faire perdre moins » ? Alors que le monde du travail se serre la ceinture, les politiques fédérales ont permis aux dividendes de passer d’une ponction moyenne sur les bénéfices des entreprises belges de l’ordre de 50%, avant la crise de 2008, à quelque 75% aujourd’hui… Les conditions économiques d’un retour, possiblement par les urnes, du fascisme sont objectivement réunies.

Dernier signe qui ne trompe pas, la place des femmes dans la société. Alors que le gouvernement wallon cale devant la perspective d’une représentation paritaire dans les conseils d’administration des sociétés publiques qui dépendent de lui (et alors que le principe vaut pour la constitution des listes électorales !), la majorité fédérale entend dépénaliser l’avortement… en maintenant le principe de peines frappant les femmes qui y auraient recours dans des conditions non précisées par la loi. C’est évidemment une contradiction.  Dans le même temps, sous l’impulsion du parti chrétien flamand et de son ministre de la Justice, il organise une reconnaissance du fœtus qui permettra, demain, par la bande, de culpabiliser à nouveau, l’interruption volontaire de grossesse. Cette volonté de gouverner le ventre des femmes contre leur gré est le symptôme d’un glissement vers une droite extrême de la politique fédérale dictée par la N-VA et consentie par un MR dont l’Histoire retiendra un effondrement éthique fulgurant.

Dans ce climat assez glauque qui caractérise l’Union, il faut toutefois remarquer l’insubordination de quelques hautes institutions judiciaires. La Cour Constitutionnelle française vient de faire un sort au « délit de solidarité » qui frappait des citoyens qui portent secours à des humains en fuite et qui sonnent aux frontières de l’Hexagone. En Belgique, c’est le travail obligatoire pour les allocataires des CPAS (le « service communautaire ») qui a été condamné par la Justice. Un parlementaire libéral envisage, au même moment, d’étendre la mesure aux… chômeu(rs)ses de longue durée.

Caractéristique de ces temps troublés, un tribunal d’Anvers a, par contre, condamné un syndicaliste pour l’exemple. Le fascisme arrive sûrement. En dépit de quelques résistances…

Nico Cué
Secrétaire général