Le combat que nous menons, c’est le combat pour préserver les fondements de nos démocraties. Parce que c’est un combat contre le capitalisme d’aujourd’hui et que le capitalisme d’aujourd’hui, générateur d’inégalités de plus en plus fortes, c'est la pire menace qui pèse sur nos démocraties.
Edito de Nico Cué, 8/02/2012.
(siehe Deutsche Fassung hierunter)
A quoi sert une grève ? Dans la semaine qui a précédé l’action nationale du 30 janvier dernier, il ne fallait pas chercher trop loin ni trop longtemps pour trouver à cette question un ensemble de réponses définitives du style «ça ne sert à rien» ou même «ça fait du tort au pays». Notez, ce n’est pas nouveau. On n’a jamais vu un patron se réjouir d’une grève contre lui, ni un gouvernement se féliciter que le pays se mette à l’arrêt contre un ensemble de décisions qu’il se prépare à appliquer.
Les médias, que les conditions économiques rendent de plus en plus fragiles, ont de moins en moins les moyens d’aller vérifier sur le terrain les raisons véritables qui poussent des gens à s’arrêter de travailler pour protester ; ils tombent donc trop souvent dans le piège de la soumission au discours le plus propagé – ce n’est jamais celui des travailleurs. Enfin, il y a toujours eu de «simples citoyens» pour donner leur opinion sur tous les sujets, dont celui de la grève. Ces «simples citoyens» ont de plus en plus de canaux pour propager leurs «pensées», sous le couvert du plus rigoureux anonymat. Tous les sociologues savent combien il y a de Dupont-Lajoie derrière ces «simples citoyens».
Pas nouveau donc mais, m’a-t-il semblé, plus fort et plus hargneux cette fois-ci. Cela montre, a contrario, l’ampleur des défis qui sont devant nous. Si le patronat et le pouvoir politique ont mobilisé à ce point tous leurs relais pour tenter (en vain) de décrédibiliser notre action, cela prouve à quel point la partie qui s’annonce est essentielle. Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est bien plus qu’un train de mesures gouvernementales. Certes, c’est d’abord ce paquet de décisions qu’il faut mettre en cause.
Les mesures Di Rupo touchent tout le monde
Les mesures Di Rupo touchent tout le monde, répétons-le. Dans le monde du travail, il n’y a pas de catégorie qui sortira indemne, contrairement à ce que certains (les mêmes que ceux dont je parlais voici quelques lignes) cherchent à nous faire croire. On peut avoir l’impression que les plus fragiles sont les plus touchés, mais tout le monde y passe.
Toutefois, au-delà de cet ensemble ponctuel se pose la question du maintien de notre actuel contrat social. Nous sommes manifestement face à une vaste entreprise de déconstruction des fondements du lien entre le monde du travail et le pouvoir. La façon dont les décisions ont été prises, en force et sans aucune concertation sociale, montre que la prochaine étape sera la mise en cause de l’ensemble des rapports sociaux. Il s’agit rien moins que de réduire la capacité des travailleurs et de leurs représentants à intervenir sur la scène politique pour y faire entendre leur voix, en court-circuitant tous les processus, ce qui permettra de remettre en cause, ensuite, les mécanismes fondamentaux que sont l’index, le droit à une pension décente, le droit aux soins de santé, le droit à l’allocation de chômage.
Nous n’y sommes peut-être pas encore, mais la machine est en route : il suffit de voir l’exemple de la Grèce pour le comprendre. Ce qui est en cause aussi, c’est la possibilité pour les travailleurs d’être représentés au plan politique. Que les mesures actuelles soient prises sous l’égide d’un Premier ministre socialiste ne peut que donner froid dans le dos. Certes, le PS peut se prévaloir d’une légitimité parlementaire. Mais de quelle légitimité morale ? Qui a voté pour les socialistes pour qu’ils mènent cette politique ? Enjeux à court, moyen et long termes se superposent donc. Ce qui est perdu cette année le sera pour longtemps.
Faire grève ne servirait donc à rien ?
C’est bien le brouillon de notre société pour les dix prochaines années qui s’esquisse dans les luttes de ce printemps. Cela explique leur hargne contre nous : eux aussi veulent gagner, et eux aussi, pour cela, devront mettre la barre très haut. Et c’est pour cela que, ce 30 janvier, ce n’était dans mon esprit qu’un début.
Le combat que nous menons, c’est le combat pour préserver les fondements de nos démocraties. Parce que c’est un combat contre le capitalisme d’aujourd’hui et que le capitalisme d’aujourd’hui, générateur d’inégalités de plus en plus fortes, est la pire menace qui pèse sur nos démocraties.
Il n’y a pas qu’à la MWB ou dans nos manifs qu’on dit cela. Le Financial Times, organe officiel du système libéral, vient de l’écrire tel quel au bout d’une longue enquête sur le capitalisme en crise. Alors, faire grève contre ce qui menace la démocratie, cela ne servirait donc à rien ?
Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB
Die Streitlust der Anderen
Wozu dient ein Streik? Während der Woche vor der landesweiten Aktion vom 30. Januar dieses Jahres brauchte man nicht allzu weit oder lange zu suchen, um auf diese Frage eine Reihe sehr kategorischer Antworten im Sinne von „Ein Streik bringt gar nichts“ oder sogar „Ein Streik schadet dem Land“ zu erhalten. Eigentlich ist das ja nichts Neues. Der Arbeitgeber, der sich über eine gegen ihn gerichtete Streikmaßnahme freut, muss erst noch geboren werden, und es hat auch noch nie eine Regierung applaudiert, wenn angesichts der Umsetzung von politischen Maßnahmen ein gesamtes Land lahmgelegt wurde.
Die Medien, die aufgrund der schwierigen wirtschaftlichen Lage in ihrer Position geschwächt sind, haben immer weniger Mittel zur Verfügung, um ernsthaft zu ergründen, was die Menschen wirklich zum Niederlegen ihrer Arbeit und zum Protestieren veranlasst. Also tappen sie nur allzu oft in die Falle: sie greifen einfach die Diskurse auf, die am meisten propagiert werden – und das sind niemals diejenigen der Arbeitnehmer. Und ja, dann wäre da noch der „einfache Bürger“, der zu allen Themen seinen Senf dazugeben muss – also warum nicht auch zum Streik. Es hat ihn immer schon gegeben, diesen „einfachen Bürger“, nur verfügt er inzwischen leider über deutlich mehr Kanäle um sein „Gedankengut“ zu verbreiten – stets im Schutz strikter Anonymität. Jeder Soziologe weiß, wie leicht der „einfache Bürger“ zum Hexentreiber wird, um seine eigene kleinbürgerliche Feigheit zu kaschieren.
Nichts Neues also... und trotzdem kamen mir die Reaktionen diesmal heftiger und streitlustiger vor. Dies führt uns andererseits das Ausmaß der Herausforderungen vor Augen, die vor uns liegen. Wenn die Arbeitgeber und die Regierung in diesem Maße mobil gemacht und alle Hebel in Bewegung gesetzt haben, um unsere Aktion unglaubwürdig erscheinen zu lassen (und sei es ohne Erfolg), dann zeigt das vor allem, wie viel hier auf dem Spiel steht. Hier geht es nämlich um wesentlich mehr als um eine Reihe von Regierungsmaßnahmen. Natürlich gilt es zunächst dieses konkrete Paket von Beschlüssen in Frage zu stellen.
Die Di Rupo-Maßnahmen treffen jeden – das kann man gar nicht oft genug wiederholen. Keine einzige Kategorie von Beschäftigten wird ungeschoren davon kommen – egal, was manche Schlauköpfe uns vorzugaukeln versuchen (dieselben übrigens, die ich einige Zeilen weiter oben bereits erwähnte). Es steht zu befürchten, dass gerade die Schwächsten am stärksten betroffen sein werden... aber treffen wird es uns alle.
Über das uns vorliegende, punktuelle Maßnahmenpaket hinaus stellt sich jedoch die allgemeine Frage nach der Zukunft unseres heutigen Sozialvertrags. Wir sehen uns hier eindeutig mit einem Großangriff konfrontiert, einem Großangriff auf die Grundlagen der Beziehung zwischen der Arbeitswelt und denen, die das Sagen haben. Die Art und Weise wie die Entscheidungen getroffen, ja ohne jegliche soziale Konzertierung erzwungen wurden, zeigt dass der nächste Schritt nur darin bestehen kann, die sozialen Beziehungen schlechthin infrage zu stellen. Es geht um nichts Geringeres als darum, die Fähigkeit der Arbeitnehmer und ihrer Vertreter einzuschränken, sich auf der politischen Bühne Gehör zu verschaffen – und zwar, indem man sämtliche herkömmlichen Verfahrensweisen kurzschließt und diesen Vorteil dann ausnutzt, um grundlegende Errungenschaften wie die Indexierung der Löhne und Gehälter, den Anspruch auf eine menschenwürdige Altersrente oder das Recht auf Gesundheitsversorgung und Arbeitslosenunterstützung in Frage zu stellen.
Gut, vielleicht ist es so weit noch nicht gekommen, aber alle Zeichen stehen auf Sturm. Man braucht nur nach Griechenland zu schauen, um es zu begreifen. Was außerdem auf dem Spiel steht, ist die Möglichkeit einer politischen Interessenvertretung der Arbeitnehmer. Dass die aktuellen Maßnahmen unter der Ägide eines sozialistischen Premierministers getroffen werden, lässt einen schaudern. Klar kann die PS in diesem Fall auf ihre parlamentarische Legitimität verweisen; wie ist es aber um ihre moralische Legitimität bestellt? Wer hat die Sozialisten gewählt, auf dass sie eine solche Politik betreiben? Kurz-, mittel- und langfristig sind also die Probleme und auch die Ziele die gleichen. Was wir in diesem Jahr verlieren, wird auf lange Zeit verloren sein.
In den Kämpfen dieses Frühjahrs geht es um nichts weniger als um das Gesicht unserer Gesellschaft in den nächsten zehn Jahren. Genau dieser hohe Einsatz erklärt das streitlustige Auftreten unserer Gegner: auch sie wollen gewinnen, und auch sie müssen dazu die Latte sehr hoch legen. Deshalb war der 30. Januar in meinen Augen erst der Anfang.
Unser Kampf ist ein Kampf um die Grundlagen unserer Demokratie, denn es ist ein Kampf gegen den Kapitalismus unserer Zeit... und der Kapitalismus unserer Zeit, der immer größere Ungleichheiten verursacht, ist für unsere Demokratie die schlimmste Bedrohung überhaupt.
Nein, dies sind nicht nur die Ansichten der MWB, nicht nur die Parolen unserer Demonstranten. Das offizielle Sprachrohr des liberalen Systems, die Financial Times, ist nach Abschluss einer eingehenden Untersuchung zu dem Thema Der Kapitalismus in der Krise erst vor wenigen Tagen genau zu demselben Schluss gelangt. Also, um es noch einmal auf den Punkt zu bringen: Wir streiken gegen das, was unsere Demokratie in ihren Grundfesten bedroht... und das soll überflüssig sein?
Nico Cué, Generalsekretär MWB-FGTB