Les relations entre la direction et la délégation syndicale MWB sont très tendues chez Carwall. L’envie d’«éliminer» les délégués est toujours présente...
2/06/2009
Le destin de Carwall, entreprise spécialisée dans la fabrication de cabines d’engins civils, est directement lié à la bonne santé économique de Caterpillar. Caterpillar Gosselies et Caterpillar Grenoble étant ses uniques clients, il est aisé d’en déduire que la situation de Carwall, situé à Sombreffe, est particulièrement délicate en ce moment. Caterpillar, qui a réduit fortement sa production en mettant 70% de ses travailleurs en chômage économique, a entraîné ses sous-traitants dont Carwall fait partie dans la tourmente.
La situation est préoccupante : le régime de chômage est de quatre semaines sur cinq. Certains ouvriers n’ont travaillé qu’une semaine depuis le début de l’année. 50 CDD (contrats à durée déterminée) ont déjà perdu leur travail et tous les employés se sont vu imposer le 4/5. A ce rythme là, il n’y aura plus de CDD dans l’entreprise d’ici la fin de l’année. La direction a d’ailleurs déjà annoncé que le total des effectifs n’attendrait plus le niveau d’ « avant crise » même si la situation devait s’améliorer.
Les relations entre la direction et la délégation syndicale MWB-FGTB sont très tendues chez Carwall … et c’est un euphémisme. Même si les rapports ont été l’espace de quelques semaines plus courtois, l’envie d’ « éliminer » les délégués est toujours bien présente.
Cette atmosphère pesante se traduit de différentes manières : les ouvriers en CDD qui n’ont pas été renouvelés sont majoritairement affiliés à la FGTB. Plus fort encore, quatorze travailleurs en CDI ont été les premières victimes de la crise. Parmi ceux-ci, douze FGTB réputés pour ne pas avoir leur langue dans leur poche. L’injustice est criante.
Eric Mares, Président de la délégation MWB-FGTB, a trouvé un nom pour cette situation : « l’atmosphère peur-espoir ». Cette tactique redoutable et machiavélique permet de maintenir dans l’angoisse tous les travailleurs de l’usine. « La direction liquide les CDD mais de temps en temps en sauve un en lui faisant signer un CDI », confie Eric.
Chez Carwall, le délai pour avoir un CDI est de trois ans et demi : le travailleur passe d’abord par les cases intérim, PFI (plan de formation insertion) et enfin des CDD de 6 mois. Au bout du compte, ces ouvriers en contrats précaires qui ont accepté de travailler les jours fériés et les week-ends et qui ont fait de nombreux sacrifices, se retrouvent sans emploi. Dans l’après crise, la délégation n’acceptera plus les CDD aussi longs et rejettera systématiquement toutes les heures supplémentaires. « On vide l’entreprise et ensuite on nous fera cavaler. Le rythme de travail a été effrayant en 2007. Ils doivent respecter les travailleurs ! », affirme Eric Mares.
Eric est satisfait de la mobilisation massive des Métallos MWB-FGTB le 11 mai dernier à Namur : « La MWB a montré qu’elle existait et qu’il fallait compter avec elle. Il était important de le rappeler au patronat mais aussi aux instances de la FGTB ».
A la veille des élections régionales, l’analyse politique d’Eric est sans appel : « Toutes nos revendications sont justes et légitimes et nous ne devons rien lâcher. Les forces de gauche doivent s’unir face à cette crise. Si nous ne sommes pas vigilants, tout recommencera comme avant et la crise n’aura pas achevé le capitalisme mais l’aura régénéré. La population est imbibée de la pensée unique qu’on lui matraque depuis trop longtemps. Elle semble donc résignée. Mais il faut être attentif car une accumulation de frustrations pourrait conduire à l’avènement d’un politicien aux mauvaises intentions. Le passé a déjà démontré qu’un populiste pouvait récupérer la mauvaise humeur ambiante pour faire passer un message de haine. Les partis démocratiques ont une grande responsabilité. Ils doivent nous écouter et ne pas s’enfermer dans leur tour d’ivoire en nous concoctant un plan d’austérité ».
Eric Mares, Président de la délégation MWB-FGTB de CARWALL.