Début juillet, le couperet tombait pour les 16 travailleurs de l’entreprise Bergobride à Farciennes : une requête était déposée afin d’entamer la procédure de mise en faillite. Aujourd'hui, c'est la galère pour les travailleurs. En cause ? Le cynisme d’un patron-voyou.
5/10/2011
Cette société digne d’un roman de Zola, productrice de brides en acier, était sous le coup de la loi sur la continuité des entreprises depuis plusieurs mois déjà. En l’absence d’un repreneur, on s’orientait inéluctablement vers une faillite.
Devant le cynisme de leur patron-voyou refusant de négocier une prime de départ ou des prépensions, les 15 ouvriers et l’employée n’ont eu d’autre choix que de se mettre en grève et d’occuper leur entreprise au mois de juillet. Certains ont consacré 40 ans de leur vie à Bergobride et ils sont confrontés aujourd’hui à l’ingratitude d’un directeur qui n’a jamais hésité à les exploiter dans des conditions inhumaines.
Serge Janssens, délégué principal MWB-FGTB, se fait un devoir de présenter des photos prises dans l’entreprise. Rien n’a été épargné aux travailleurs : des conditions de travail dignes du 19ème siècle, des sanitaires insalubres sans eau courante et des ateliers qui n’étaient pas chauffés en hiver. A cela s’ajoute un irrespect total des conditions de sécurité : des machines endommagées n’ont jamais été réparées et ont entraîné de nombreux accidents de travail.
Comment cette situation a-t-elle pu perdurer aussi longtemps ? Serge explique que lorsque la délégation voulait faire appel à l’inspection du travail pour que les choses bougent, leur patron brandissait la menace de la fermeture. Cet odieux chantage lui a permis de continuer à exploiter son personnel.
Sanitaires insalubres, ateliers non-chauffés, accidents de travail, pratiques sociales d’un autre âge
Les travailleurs laissés sur le carreau sans un centime ont rapidement conscientisé l’opinion publique en distribuant des tracts dénonçant l’attitude de leur directeur à la sortie des grands magasins et sur les marchés de la région.
Au cœur de l’été, la presse a fait écho de leur combat et les reportages se sont multipliés. Dans une énième tentative d’obtenir la négociation d’un plan social, les travailleurs se sont installés devant la somptueuse propriété de leur patron. Malheureusement, rien ne fait plier ce directeur qui, bien confortablement installé dans son petit château, continue à narguer son personnel.
Les travailleurs soupçonnent une faillite programmée. Serge Janssens déclare que le patron s’est détourné de certaines commandes pour précipiter la fin de l’activité. Ayant hérité en 1984 de cette entreprise familiale, il n’y a jamais investi un centime et a laissé les locaux se dégrader inexorablement. Refusant tout contact et toute discussion, il a fait savoir par son avocat qu’il pouvait octroyer 1000 € dans une enveloppe aux travailleurs à condition de terminer le travail prévu au planning. Une autre belle démonstration d’irrespect !
Les travailleurs pourront seulement compter sur une intervention du fonds de fermeture. Quant à leur avenir professionnel, il ne sera pas aisé : ce sera compliqué pour les travailleurs de plus de cinquante ans de retrouver un emploi.
Serge Janssens, qui travaille depuis l’âge de 14 ans et qui a passé 36 ans dans l’entreprise, est dégoûté. Il espère que jamais plus aucun travailleur ne connaîtra ce que lui et ses collègues ont subi.
Quoi qu’il arrive, les travailleurs de Bergobride continueront à se battre pour qu’à l’avenir les patrons-voyous soient punis systématiquement. Ils poursuivent leur combat sur les réseaux sociaux et ils ne comptent pas baisser les bras. Des conditions de travail effroyables, aucun respect pour la dignité humaine : cette faillite a révélé des pratiques sociales révoltantes qui ne devraient plus exister.
