Voici ce qu'en pense Manuel Rodriguez, vice-président du Comité des Pensionnés et Prépensionnés du Métal de Liège.
29/03/2010
Quelques réflexions qui permettront aux travailleurs de tous âges de se faire une opinion...
Premier bémol : le deuxième pilier n’est intéressant qu’à partir du moment où l’on dépasse le plafond salarial annuel pris en considération (pour 2008, ce plafond était de € 46.895). Voilà qui laisse de côté la plupart des travailleurs de nos secteurs ! En 2006, seuls 312.277 travailleurs (dernier chiffre connu) ont versé des cotisations ONSS au-delà de ce même plafond. Traduisez: +/- 10% des travailleurs salariés.
Deuxième bémol : Lorsqu’on présente le deuxième pilier comme un capital auquel le travailleur aura droit demain, on oublie de dire que ce capital aura perdu de 40 à 50% de sa valeur !Simple à comprendre : il s’agit d’un capital fixe qui ne suivra pas l’inflation !
Troisième bémol : 107 fonds de pensions ont été déclarés en difficulté pour la seule année 2009. Leurs taux de couverture avaient déjà perdu près de 40% entre 2006 et 2008. Le salaire différé des travailleurs n’aura servi qu’à spéculer sur les marchés, à augmenter la productivité des entreprises, à licencier des travailleurs sans même permettre à celui qui avait investi dans un fonds de pension de retrouver (toutes) ses billes.
Le fonds de pension des fabrications métalliques : illustration d’un miroir aux allouettes
Le fonds de pension des fabrications métalliques (CP111.1/2) a été créé en 1999. Il était initialement financé à raison d’1% du salaire annuel brut que le travailleur ne touchait plus en direct mais envoyait au fonds de pension sectoriel pour être touché «bonifié» une fois atteints ses 65 ans. De 1999 à 2007, la cotisation à ce fonds de pensions passera de 1% à 1,70% des salaires.
Prenons l’exemple d’un travailleur qui touchait 13,6837€/heure en juillet 1999. Sans prélèvement des 1.7% pour le second pilier, son salaire horaire aurait du se monter à 17,2648€/heure après l’application des CCT sectorielles de 2007. Le prélèvement imposé des 1.7% lui font perdre 0,2861 €/heure ! Voilà une somme qui se chiffre rapidement à plusieurs centaines d’euros par an et/ou plusieurs milliers tout au long de la carrière. Sans compter que cette non-augmentation sera répercutée aussi sur la grille salariale de l’entreprise et tirera les salaires à la baisse pour les générations futures !
Mais, là ne s’arrête pas le manque à gagner. Toujours sur base de notre exemple chiffré, le travailleur dont la prépension prend cours en 2008 et qui sera pensionné en 2016, soit 96 mois de prépension, perd simplement sur base de l’application de la CCT17 un montant de 1.300€.
Et si on donne à ce travailleur une espérance de vie de 15 ans après sa mise en pension et qu’on calcule son allocation sur base de son dernier salaire de référence, le prélèvement des 1.7% engendre un nouveau manque à gagner de 4.830€. Sans tenir compte des effets de l’inflation qui accentuent encore ses pertes.
Et ce n’est pas sur son fameux second pilier que pourra compter notre travailleur : ayant cotisé de 2000 à 2016, on lui promet un capital théorique de 10.500€ à 65 ans. Avec son espérance de vie de 15 ans après sa mise à la retraite, cela lui donnerait 58€ par mois de complément à sa pension légale. Mais encore faut-il qu’il ne tombe pas au chômage pendant la période où il cotise et encore moins qu’une nouvelle crise financière ne fasse s’envoler en fumée ses économies.
Et sur ce capital théorique, il faudra de toute façon prélever l’impôt mais également tenir compte de la perte du non alignement à l’inflation, en moyenne de 2% par an. A cela il faut ajouter qu’il devra déclarer tous les ans une rente fictive qui fera augmenter son revenu annuel imposable.
Bref, il ne lui restera plus que de quoi acheter des kleenex et un timbre de poste pour écrire une lettre de colère à tous ceux qui lui ont promis des lendemains meilleurs ! Une belle arnaque ce second pilier !
Quelles conclusions ?
Comment peut-on continuer à défendre l’indéfendable ?
Manuel Rodriguez, vice-président du Comité des Pensionnés et Prépensionnés du Métal de Liège.